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20 janvier 2008 7 20 /01 /janvier /2008 01:20
Dieu travailla six jours et se reposa le septième. Moi c’est l’inverse.
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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 10:21
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Tulle donc. Un copain consultant (quelle naïve antinomie !) m’avait refilé la mission, à charge de revanche tout de même. Il avait indiqué à son commanditaire qu’il était top booké pour les mois à venir mais qu’il recommandait un éminent confrère comme il répondait de lui-même (tiens donc !).
En vérité, Sébastien souffre d’une pathologie toute citadine : il est allergique au vert. Un parisien pur barricade, shooté au dioxyde de carbone, qui ouvre systématiquement les vitres du métro pour inhaler avec délectation l’air vicié, où l’odeur de boule puante se mélange dans une subtile harmonie avec des fragrances de hamburger made in vache folle, agrémentées des zestes de miasmes d’usagers usagés (donc moins résistants) éternuant à la cantonade dans un touchant élan de solidarité urbaine.
Lorsque Sébastien entreprend (pour une galante seulement) d’aller dîner en nocturne à l’hippodrome  d’Auteuil, il n’oublie jamais de se gaver préalablement d’anti histaminiques et de prendre plusieurs paquets de kleenex pour contrecarrer l’assaut conjugué de l’oxygène en partie dé carboné et des pollens dont il stigmatise la présence sournoise. Dans ces conditions, envisager un déplacement à Tulle équivaut à se lancer dans une nouvelle croisière jaune pour aller débusquer le SRAS à la source.
Personnellement, j’aime bien le changement, l’imprévu, l’insolite et plus globalement tout ce qui concourt à combattre l’habitude, mon ennemie jurée. Ce coup là, je trouvais ça fun car j’allais enfin savoir à quoi ressemblaient les contrées vantées partout par le meilleur ambassadeur de la tête de veau que la France ait jamais connu.
Pour ce qui est de l’insolite et de l’imprévu, j’allais être gâté au delà de ce que j’aurais pu imaginer même dans mes escapades oniriques les plus déjantées. Imaginez donc, une mission de consulting dans une PME tulliste spécialisée dans la fabrication d’accordéons. C’était à croire qu’ils n’avaient plus d’inspiration pour faire du vent. En tout cas ils allaient être servis avec bibi et ma fierté surannée de pouvoir mettre en exergue mon diplôme d’HEC.
C’est ainsi que je m’étais retrouvé le lundi matin de la semaine précédente dans le bureau cossu du big boss, Pierre Garcin, la quarantaine joviale, visiblement engoncé dans son costume du dimanche qu’il avait assurément gardé une journée de plus pour honorer ma venue. J’en étais flatté. Je fus pourtant déçu qu’il ressemblât si peu à la stupide caricature spinalienne que j’avais esquissée au cours du vol Paris Brive du matin.
En surfant sur le site d’un voyagiste en ligne j’avais en effet découvert qu’il était possible de rejoindre la cité corrézienne par avion grâce aux services de la compagnie Airlinair. En passant ma réservation en ligne je crus d’abord à une erreur. L’unique vol quotidien répertorié annonçait un départ d’Orly Ouest à huit heures cinquante cinq pour une arrivée à Brive à dix heures dix, soit autant que pour rejoindre la promenade des anglais. Perplexe, j’avais jeté un rapide coup d’œil sur le guide rouge, mon précieux compagnon de voyage, qui m’apprit que la distance entre le parvis de la cathédrale Notre Dame et celui de la cathédrale corrézienne éponyme plafonnait à quatre cents quatre vingt kilomètres.
Lorsque le bus de l’aéroport s’immobilisa sur le tarmac, au pied d’un ATR 72 blanc, où l’épure bleue d’une colombe embrassait le logo du transporteur, l’erreur supposée se métamorphosa instantanément en évidence : c’est avec un avion à hélices que j’allais rejoindre Brive, d’où je louerai ensuite une voiture pour rallier Tulle par la route. Je remarquai avec une curiosité certaine la forme des pales étrangement courbes et fines telles des naïades au pays des nageuses élevées à la testostérone (autrefois appelées allemandes de l’est). La surprise et la pointe d’angoisse due à l’allure pataude de l’appareil, présentant une partie ventrue au niveau du train d’atterrissage, s’envolèrent avec les passagers et l’équipage de bord qui se montra tout aussi compétent que prévenant.
On était bien loin de la sollicitude ampoulée trop souvent de mise parmi les employés des world compagnies du transport aérien. La qualité de service, défaut professionnel à n’en pas douter, revêt toujours pour moi un caractère essentiel lorsque j’évalue la qualité d’une prestation. La jolie hôtesse brune au carré court et à la voix douce comme une gorgée de miel y était sûrement pour quelque chose, mais pas seulement. La gestuelle naturelle, le regard vert intense qui vous regarde et vous voit, le sourire spontané eurent bientôt fait de me convaincre que le verre de Perrier qu’elle me proposait était offert par une amie et non par une barmaid volante issue d’une congrégation d’handicapées du service. Je profitais de la quiétude d’un vol sans histoire pour plonger dans les bases documentaires de mon ordinateur portable dernier cri. Cela relevait davantage du réflexe que d’un réel besoin de bachoter l’arsenal des outils du parfait petit consultant aseptisé, que j’avais appris dans le grand cabinet américain de mes débuts. Je les connaissais tellement bien que j’avais fini par m’en affranchir et développer, au fil des années et des missions, des méthodes plus personnelles. Porter, Maslow et le Boston Consulting Group s’apparentaient désormais aux gammes d’un pianiste pour se dérouiller les articulations avant de commencer à jouer. Ceci dit, je m’en servais encore de temps à autre quand, faute d’inspiration, je n’avais rien de mieux à servir à mon auditoire.
Bravons ici un premier interdit qui va certainement me valoir de solides inimitiés dans la profession. Les consultants sont, pour la plupart, des professionnels plutôt sérieux et compétents. Pour autant, ils excellent dans ce que vous appelleriez couramment le pipotage. Le consultant cours constamment le cachet, doit faire du chiffre, facturer des jours de prestations aux clients. Un consultant en inter contrat, c'est-à-dire sans mission, est un poids mort, une somme de frais fixes pour son entreprise. Il doit donc chasser, trouver de nouvelles proies, prendre dans ses filets des blanches colombes. Il ratisse tous azimuts, sans relâche. S’il s’avère un mauvais prédateur il deviendra lui-même la proie de son entreprise. Direction les Assedic. Seulement voilà, en tirant sur tout ce qui passe, le consultant peut dégoter des missions sur des domaines d’activités auxquels il ne connaît absolument rien. Mais quand je dis rien, cela veut dire rien de rien, nothing, nada. Il peut également abattre trop de gibiers d’un coup. Auquel cas il lui faudra revêtir son bleu de Stakhanoviste. Quand l’un et/ou l’autre se produit je vous laisse imaginer les dégâts. Allez donc confier l’installation d’une chaudière à un prof de latin ou bien le rôle titre d’une pièce de théâtre à un ancien ministre passé par la case prison … En pareille situation le consultant sort de son arsenal son arme ultime : le Bull shit consulting. Késako ? Dans notre « noble » profession le Bull shit consulting  consiste à délivrer à nos clients, notoirement ébahis par tant de science, des conseils et des recommandations qui ne veulent rien dire mais dans des termes qui vous feront passer pour un savant génial, un être supérieur accédant à des niveaux de réflexion inaccessibles aux communs des mortels, en l’occurrence vos commanditaires. Exemple :
 
« PROTECTION DES SYSTEMES INFORMATIQUES CONTRE LES ATTAQUES VIRALES : EMERGENCE DE L’ARTEFACT BIOMETRIQUE »
 
Je suis sûr et certain que le seul titre vous laisse pantois. Là, vous vous dites que le type en face de vous, avec son costume italien sur mesure, ses pompes brillantes et ses lunettes en écaille est un être supérieur, l’évolution ultime, l’homo consultus turaris. Ecoutons ce qu’il a à dire sur un sujet stratosphérique comme celui là :
 
« L’heure est grave. Les médias spécialisés ont récemment révélé l’existence d’une organisation mafieuse internationale, les « Arachnides » dont l’objectif est d’infester l’ensemble des SI via le net.
 
Face à cette nouvelle menace, notre cabinet a mobilisé l’ensemble de son knowledge pour systématiser l’approche de firwalisation darwinienne.
 
Il s’agit, vous l’avez compris, de sécuriser l’accès aux systèmes via un bit defending évolutif propre à contrer les attaques invasives. Basé sur une zone alarme couplée à des onduleurs on line double conversion à ultra haute fréquence, ils repoussent les flux exogènes indésirables.
 
Cette sécurisation anti virale reconnaît les utilisateurs amis par le couplage synchrone de l’empreinte digitale du user avec sa carte biométrique iridienne. 
 
Pour contrecarrer les attaques de fake, notre cabinet vous propose un plan d’action déterministe en 5 phases :
 
1.     création d’un data base de morphing des users
2.     encapsulage de la carte d’identité biométrique dans le login
3.     stabilisation d’un by-pass process intégré dans les e-learning cessions
4.     fluidification des accès via un hub tridimensionnel alimenté par les inputs afférents
5.     contrôles par blind testing itératifs under contrôle
 
Au final, en respectant scrupuleusement cette synergétique du Flow Diagram System (FDS) nous vous garantissons une inviolabilité totale. Bien entendu, le facteur clé de réussite repose sur la focalisation et l’adhésion de l’ensemble des salariés au processus d’artefact biométrique. L’investissement initial de 1500 JH dégagera un Return On Investment (ROI) positif dès le second exercice.
 
La menace sécuritaire devient donc une opportunité grâce à un projet global d’entreprise, rampe de lancement de vos succès futurs ! »
 
En d’autres circonstances vous auriez crié à l’amphigouri. Mais, pour votre entreprise, il appert que la sécurité informatique n’a pas de prix, que vous craignez par-dessus tout les crackers (quand il ne vous sont pas servis à l’apéritif) et le phishing.  Ainsi vous achèterez les yeux fermés une prestation facturée en conséquence.
Par cet exemple sibyllin, vous réalisez que le Mozart du consulting pourrait bien être un sujet du royaume de Belgique émigré aux States. Vous savez, ce type qui a fait fortune avec un concept novateur de comédie musicale pour pieds et poings avant de se reconvertir en gourou des plateaux télévisés. A chaque apparition il délivre à ses millions de fans des percées conceptuelles fondatrices d’une nouvelle philosophie, celle du troisième millénaire. J’ai cité Jean-Claude Van Damme. Morceau choisi :
" Selon les statistiques, il y a une personne sur cinq qui est déséquilibrée. S'il y a 4 personnesautour de toi et qu'elles te semblent normales, c'est pas bon ".
Dans l’avion à hélices, au bout de quelques minutes d’anti sèches, je jouais déjà avec mon crayon optique. Je composai plusieurs portraits robots de mon commanditaire qui justifiaient bien chichement les cours de dessin des beaux arts que mon père m’imposa à l’adolescence. A ce jeu, mon esprit glissait rapidement dans un recoin ludique de mon cerveau droit dans lequel je me complus, essayant de deviner la problématique que Pierre Garcin allait me soumettre et, surtout, quelles pouvaient être les motivations de ce patron de PME provinciale.

Par l’entremise de ce qui ressemblait à un exercice de transfert, je lui donnais la trentaine assurée du type qui a usé ses jeans de marque sur les bancs d’une école de commerce aussi prompte à former des bataillons de dirigeants que l’ENA à garnir les ministères et hautes administrations de chefs de cabinet utilisant de l’eau de toilette pour se parfumer. En tout cas, il n’avait pas fréquenté le campus de Jouy en Josas ce que, par esprit clanique, j’étais allé vérifier sur le site de l’association des anciens diplômés de la plus anglo saxonne des business school françaises. Malgré de louables efforts, il me restait toujours de regrettables relents de cette supériorité supposée, glonflant de fierté le torse des jeunes diplômés.

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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 10:11
C’est du dénuement le plus extrême que jaillissent les plus fabuleuses richesses.
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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 10:40
Si la mort était si mauvaise la plupart des hommes en seraient revenus.
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17 janvier 2008 4 17 /01 /janvier /2008 12:27
Passer aux 35 heures a requis de substantiels gains d’improductivité.
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17 janvier 2008 4 17 /01 /janvier /2008 12:25
Il n’est plus grande beauté que celle que l’œil ignore.
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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 17:06
Qui flatte la mort risque de la séduire.
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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 16:48
Mieux vaut travailler moins pour vivre mieux que travailler mieux pour vivre moins.
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14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 13:00

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 C’est devenu une habitude. Lorsque je prends le train, je réserve toujours une place « fenêtre », quitte à changer l’horaire voire le jour de mon voyage. N’y voyez pas la simple volonté de m’approprier coûte que coûte le spectacle du paysage qui défile derrière les vitres et d’en priver ainsi mon voisin de circonstance. Cela serait particulièrement mesquin et franchement peu sympathique. D’ailleurs pourquoi serais-je animé par quelque obscure animosité envers quelqu’un dont je ne connais rien ? À bien considérer les choses, le parallélisme de nos existences se limitera à celui du tracé des rails, tellement proches et pourtant si irrémédiablement distants. Une même route pour tous, les mêmes balises tout au long du trajet de la vie : naître, grandir, se reproduire (parfois), mourir toujours. Jean de La Bruyère écrivit : « Il n'y a pour l'homme que trois événements: naître, vivre et mourir. Il ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et il oublie de vivre ». J’y souscris totalement. Et pourtant, malgré tant de similitudes nos destinées individuelles, sauf exception, jamais ne se rejoindront. Bien sûr il y a tout de même des aiguillages. Certains sont plutôt enclins à les considérer comme des facteurs de divergence, comme autant de chances de changer de ligne de vie, comme s’ils pouvaient ouvrir la main et glisser d’un sillon à l’autre. Pourquoi pas. D’autres, au contraire, y voient une symbolique de rencontre et de rapprochement entre des mondes parallèles. Certes. Et pour vous, l’aiguillage agit-il plutôt comme une déviation intempestive ou bien plutôt comme une croisée des chemins offrant l’opportunité de changer de vie ?

Quoiqu’il  en soit, aujourd’hui encore, je regarde défiler le monde sous mes yeux. C’est d’autant plus essentiel que mon voyage s’annonce long. Ce vendredi après midi entre Tulle et Paris promet de paresser et de s’alanguir à l’extrême. Nous sommes début mars et le soleil oblique distille sans retenue une luminosité et une chaleur flatteuses, comme une mise en bouche du printemps. Je viens de passer dix jours dans la préfecture de Corrèze pour mon travail. Je suis consultant.

Quand on me demande en quoi cela consiste je raconte souvent, par paresse et par auto dérision, l’histoire des singes.

Un jour, un homme se présente dans une animalerie pour acheter un chimpanzé. Le vendeur lui présente la première cage avec un spécimen affiché à mille euros. Le primate est un jongleur émérite qui a été élevé dans un cirque prestigieux. Dans la cage attenante se trouve un second singe qui, outre les qualités d’adresse de son congénère, possède un don exceptionnel pour l’observation et le mimétisme. Ce roi de la pantomime aurait, aux dires des saltimbanques qui l’ont laissé en dépôt vente,  tenu la vedette dans un fameux duo avec Marcel Marceau au cours d’une triomphale tournée estivale. C’est du légendaire bip qu’il tiendrait ce don unique qui a fait rire et pleurer petits et grands. Au regard d’un tel curriculum vitae il faudra s’acquitter de cinq mille euros pour en devenir l’heureux propriétaire. Le chaland se montre intéressé. Il avise cependant au fond de la boutique un troisième anthropoïde, détaché, apathique et aussi suffisant que sa condition le permette.

¾     Et celui là ? s’enquiert-il.

Le vendeur se contente, en guise de réponse, de lire la somme de dix mille euros mentionnée sur l’étiquette. Intrigué, l’acquéreur putatif s’étonne immédiatement de l’énormité de la somme et interroge son interlocuteur pour savoir ce qui justifierait un tel écart de prix. Sur un ton contrit, le vendeur maugrée :

¾      On ne sait pas. Tout ce qu’il a daigné nous dire c’est qu’il est consultant !

Fort de cette plaisanterie de potache, je monnaie mes interventions au prix fort. En effet, qu’est ce qui distingue selon vous un honnête consultant d’un ténor de la profession ? Le prix. Dans ce domaine, comme dans d’autres, pour être bon il faut être cher. C’est pourquoi, croyez moi, je m’applique consciencieusement pour être à la hauteur de ma réputation.

En clair, à moins de deux mille euros hors taxes par jour, Marc Hetting Consultants (c’est moi) n’a rien en magasin.

Vous feriez mieux d’acheter le primate de l’histoire.


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Published by VAN HAMME - dans Ma bibliographie
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11 janvier 2008 5 11 /01 /janvier /2008 09:23
Dans la marge
 
C’est ici que je vis, dans l’ivresse d’une abyssale verticalité.
Un vertige me saisit, me fait tanguer d’un bord à l’autre. Je me heurte sans répit aux frontières rectilignes s’échappant sous mes pieds. No limit. On ne remonte jamais de tels gouffres. Il vaut mieux que je m’accroche, vaille que vaille. Et pourtant ce n’est pas l’envie qui manque. Envie de lâcher prise, de tout abandonner, de laisser s’accomplir l’inexorable théorème de la chute libre. Je serais soumise à l’effet de mon seul poids, de ma masse parfois si imposante.
Seulement voilà : si je suis sûre de la chute je crains en revanche que la liberté ne soit qu’un leurre, une métaphore du néant.
Si "Tous les corps, la plume comme le plomb, ont même loi de chute." Qu’en serait-il de moi ? z = ½ gt2 ? La belle affaire ! Newton et Galilée étaient des génies que je n’aurais pu sanctionner.
Et oui, je sanctionne, là, dans la marge. En marge de tout, en toute marginalité. Je dispose en somme d’une marge de manœuvre.
Le sang coule dans mes veines, sue en déliés assassins, en trompeuses rondeurs ou en biffages définitifs. Je macule l’espace virginal de l’univers où je suis confinée. Je marque les esprits. Je propage l’émotion, hideuse ou sublime. Je scelle les destins, ouvrant d’infinies perspectives ou balayant demain.
Chacun existe comme il peut. Moi, c’est dans la marge que je vis. Que je sévis pour être exacte.
Ma valeur est multiple, protéiforme même. J’étalonne. Je prévois la marge d’erreur. Pas la mienne, celle des autres. Leur marge est encore plus étroite, réduite à un quotient chétif, aux antipodes écartelés.  
Dans la marge on m’accorde crédit. Un crédit parfois marginal sur lequel se fonde la fortune des uns ou l’infortune des autres. Qu’importe ! Je suis rétribuée en marge absolue.
On m’expédie parfois dans les contrées de l’entête, pour me mettre en exergue, souligner l’addition. Mais l’entête est un ailleurs trompeur, marge succombant à l’horizontalité.
Vous pensez maintenant au pied de page ? Malheureux ! Il ne vaut pas mieux. Dans une marge souterraine il égraine des suites d’entiers comme une litanie.
Mais n’allez surtout pas imaginer que Walras est mon est Maître, non ! Je ne suis pas une vulgaire monnaie d’échange.
Je suis intrinsèque.
Je connais mes limites, parfaitement quadrillées.
Quoi que…
On m’affuble parfois d’une foule pléthorique que l’on colle à mes basques, comme ça, sans crier gare. Petites ou grandes, en rangs serrées ou prêtes à rompre elles investissent le royaume de la marge, allant même jusqu’à franchir le Rubicon. « Elles », se sont les lettres, les lettres et les mots qu’elles engendrent par leurs troublantes associations. Elles me concurrencent, officiellement pour éclairer ma signification. Foutaise ! Comme si j’étais sommaire.
La marge est mon domaine. Pourquoi s’ouvre-t-elle donc à ces annotations résonnant dans l’écho de leur redondance ?  
Seul le propriétaire de la page a ici droit de citer. En MAJUSCULES s’écrit son privilège. Grâce à lui, et à lui seul, en méridiens s’expanse mon univers sur les bords rectilignes de la règle.
Ainsi la marge se gonfle-t-elle d’une ambition nouvelle qui ne serait pas pour me déplaire si, dans la plupart des cas, elle ne servait à préparer le terrain pour quelque dénuement. Dans ce cas je prendrais toutes mes aises pour investir ce nouveau territoire, exprimer rondement mon mécontentement.
Quel drôle d’univers que celui de la marge. Le plus extrême cartésianisme y côtoie la plus affolante irrationalité voire même, horreur, de pathétiques gribouillages qui s’exposent dans cette étroite galerie.
C’est pourtant ici que je vis, en marge de tout mais face au monde qu’on me soumet.
C’est ici que j’émerge, que j’émarge tout compte fait.
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