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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 18:13
Ci-dessous le texte du "papier" lu aujourd'hui sur les ondes d'IDFM

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/2/6/4/9782070771462.jpg

Edouard Kiefer est un ancien flic reconverti en détective de Lutetia, unique palace de la rive gauche. Résidant à demeure dans l’hôtel il en connaît tous les secrets, tous les recoins, chaque employé. Edouard Kiefer connaît également les habitudes et la vie des résidents du palace, mais aussi celles des habitués. Et pour cause ; voici ce qu’il dit de lui :

« Il me fallait me fondre parmi les clients, me faire oublier. Non pas en bourgeois mais en civil, même si la plus civile des tenues relève encore de l’uniforme. Costume gris, cravate sombre, chemise blanche unie, pochette assortie. Toute note de fantaisie aurait été déplacée car on n’aurait pas compris que je veuille me faire remarquer. Je connaissais tout le monde mais peu me connaissaient. Je les voyais tous mais eux ne me voyaient guère. Les nouveaux clients et les hôtes de passage ignoraient ma qualité. Pour les autres, j’étais une silhouette familière, que sa neutralité rend imprécise, une ombre insaisissable sur laquelle on peut compter en toutes circonstances. Parfois un nom qui arrange tout, voire un prénom, c’est selon. En tout cas, l’inaperçu fait homme. Si le personnel était une trace fugitive et légère dans le paysage intérieur de l’Hôtel, je n’étais que l’ombre portée de cette trace. Le journal du jour nonchalamment déplié sur mes genoux à la page diplomatique, un petit bristol blanc uni posé discrètement contre ma cuisse ainsi qu’un crayon, j’étais paré. Chaque jour je faisais mes gammes : observer les individus puis les réduire en fiches. » 

L’histoire débute dans l’hôtel, au printemps de 1945, alors que les familles de déportés patientent devant l’entrée du palace. Là, parfois durant des jours et des jours, ils entretiennent l’espoir de voir apparaître l’un des leurs émerger d’un des innombrables convois, les convois de ceux qui ont réussi à sortir vivants des camps de la mort. En témoigne cette scène : « Une adolescente et une petite fille s’étaient jointes à la foule des guetteurs derrière les barrières. Deux sœurs. Chacune portait bien en évidence entre les mains un morceau de carton sur lequel était écrit EPSTEIN. Elles avaient fabriqué leurs pancartes pour être reconnues, sans se douter un instant qu’elles auraient plus de mal, elles, à reconnaître leur mère, si toutefois elle rentrait. Elles attendaient sans un mot. Un autobus arriva de la gare. Quand des spectres en pyjama en descendirent, la foule se mit en mouvement. Mes hommes eurent du mal à la contenir. Ça s’agitait de partout. Sauf les deux petites, hiératiques. Je les avais déjà entendues dire que leur maman ne pouvait être dans « ce troupeau ». Pas quelqu’un comme elle. »

A Lutetia, ceux qui reviennent sont pris en charge par les autorités pour contrôler leur identité, consulter des médecins, se reposer quelques jours et reprendre pied, parfois seulement pour réapprendre à manger normalement et dormir dans un lit. C’est dans ce contexte qu’Edouard Kiefer est convoqué par son directeur, sur l’injonction de deux flics qu’il aperçoit mais qui ne s’adresseront pas directement à lui.  Edouard Kiefer est sous le coup d’une dénonciation pour acte de fraternisation avec l’ennemi avec, pour preuve à charge, une photographie nocturne prise à la dérobée depuis l’immeuble d’en face. Sur ce cliché volé, on voit des officiers allemands en grand uniforme, attablés autour d’un dîner aux chandelles et, à côté d’eux, un homme en tenue de vènerie soufflant dans sa trompe de chasse. L’homme en train de jouer c’est bien lui, Edouard Kiefer, sans discussion possible. En ces temps troubles de chasse aux sorcières et de repentance collective, une photo comme celle-là pourrait lui valoir les pires ennuis. Invité par le directeur de l’hôtel à quitter l’établissement quelques temps pour se mettre au vert, Edouard Kiefer refuse tout compromis. Il faut dire qu’il a sa conscience pour lui. Ecoutons le : « Il m’avait laissé seul avec elle. Ma conscience. Ou ce qu’il es restait. Suffisamment en tout cas pour distinguer le bien du mal, diriger ma conduite en fonction d’une raison pratique et me juger moi-même au nom d’un certain sens moral. En quatre ans, j’aurais pu maintes fois glisser de la concession au compromis, et du compromis à la compromission. Pourquoi ? Comme les autres : l’attrait du pouvoir, l’illusion de la puissance, le goût de l’argent. Tout ce qui m’avait toujours laissé indifférent. Avec la formation que j’avais reçue, le métier qui avait été le mien et celui qui l’était encore, j’avais eu mille fois l’occasion de glisser du renseignement à l’espionnage, et du mouchardage à la délation. Pourquoi ne l’avais-je pas fait ? Parce que cela ne se fait pas.  Mieux que les grands principes énoncés en public avec emphase et piétinés en secret avec cynisme, ces mots simples me suffisaient pour tenir et me tenir. Ma manière à moi de résister. La réquisition de Lutetia par les Allemands n’avait épargné personne. Les serveurs servaient, les gouvernantes gouvernaient, les réceptionnaires réceptionnaient. Comme toute la France ou presque. Dans l’ensemble, nous n’avions rien fait qui nous déshonorât, même si l’honneur fut sauvé par ceux qui vivaient dans la zone trouble ce « presque ». Je crois savoir désormais jusqu’où un homme peut aller sans perdre sa dignité. »

Et effectivement, Edouard Kiefer sait exactement de quoi il parle. Pour illustrer son propos introductif il va nous faire partager l’histoire du palace, la petite comme la grande entre 1938 et 1945. L’hôtel Lutetia verra défiler dans son antre un véritable condensé de la société française de l’époque. Là, dans le palace, à travers les yeux d’Edouard Kiefer, nous verrons d’abord défiler les opposants au régime nazi qui avaient fait de Lutetia leur lieu de rassemblement comme l’explique le détective : « Si son rez-de-chaussée se prêtait aux conciliabules enfumés à quatre ou cinq, ses salles de réception, au premier étage, favorisaient les plus vastes réunions. » C’est pour cette raison qu’en Allemagne on nommait les opposants au régime nazi « comités Lutetia », tout un symbole. Nous verrons ensuite les artistes, l’aristocratie, toute cette société heureuse encore, bien qu’angoissée par la montée inexorable des nationalismes. Mais, dans ce « monde d’avant », chacun semble vouloir s’accrocher à cette idée selon laquelle la grande guerre était la dernière, que la raison finira par l’emporter. Pourtant, l’antisémitisme et l’intolérance sont déjà bel et bien présents, au cœur même de l’hôtel, en témoigne cette joute oratoire à l’heure du dîner entre le capitaine de Vérigny et Lothar Jundt  placés à deux  tables voisines :

-  « Quand vous songez, Aude, que l’Allemagne prétend vouloir la paix de l’Europe alors que depuis cinq ans où y enferme les opposants dans des camps…

-   Propagande ! Pure propagande mes amis ! Mais comment un officier de l’armée française peut-il se faire ainsi le porte-parole des bobards communistes ? »

La joute se terminera en duel à l’épée sur le toit de l’hôtel à 7 heures le lendemain matin et, comble de l’ironie, l’allemand défait se fera soigner par le docteur Stern, ce qui fera dire à Edouard Kiefer « C’était à se demander ce qui l’humiliait le plus, d’avoir été vaincu par un Français ou soigné par un juif. »

Cette menace prendra véritablement corps lorsque la guerre éclatera. Lutetia, comme les autres palaces parisiens, sera réquisitionné par l’occupant nazi, un occupant avec lequel il faudra bien composer dans un périlleux exercice d’équilibrisme. Il faudra obtempérer, obéir aux ordres sans jamais faire preuve de zèle, sous peine d’y perdre sa dignité et son âme. En tant qu’alsacien, fils d’une professeur d’allemand, Edouard Kiefer est totalement bilingue, ce qui lui vaudra de faire office de traducteur dès que nécessaire. Ce qui l’amènera à côtoyer de plus près encore l’occupant, en l’occurrence l’Abwehr, les services d’espionnage et de contre-espionnage. Il découvrira quelques mois plus tard, ce qu’espionnage veut dire, ainsi qu’il le confesse :

« Un jour, je crus apercevoir de dos, à travers le panneau de verre feuilleté à l’entrée de la salle à manger, une silhouette familière de l’avant guerre. Un effet d’optique probablement. Quelques instants après, le mirage me convoqua dans son bureau. Le nom du nouvel arrivant, le capitaine Joachim von Leutkirch, était déjà inscrit sur la porte. « Salut m’sieur Douarrre ! » Son éclat de rire me laissa mutique et stupéfait. Je le dévisageai de pied en cap avant de pouvoir bredouiller :

« Monsieur Arnold…

- Surpris ?

- Comment ne le serais-je pas ? Ainsi vous étiez…

- Agent en mission. Et j’aime tellement votre pays qu’on m’y a renvoyé, officiellement cette fois. »

 

Tout au long de ce que durera la guerre et l’occupation de Lutetia, Edouard Kiefer devra sans cesse flirter avec les limites, servir sans s’asservir, obéir sans céder. Son honneur et sa conscience seront à ce prix, surtout avec la proximité de la prison du Cherche-Midi d’où on entend s’élever le dimanche le chant des prisonniers. Mais surtout, Edouard devra vivre dans l’angoisse, ne sachant pas ce qu’est devenue N***. N***, son amour de toujours, devenue par son mariage comtesse de Clary mais qu’une vague ascendance juive, inconnue d’elle-même, suffira à faire une ennemie pour l’occupant. 

 

Dans ce roman magistral et exceptionnellement bien documenté, Pierre Assouline nous entraîne avec maestria au cœur même de cette France souvent ambiguë et partagée à travers l’histoire d’un palace mythique. Davantage qu’Edouard Kiefer, Lutetia est bien le personnage principal de l’histoire, un personnage que l’on apprend à découvrir à force de descriptions d’une précision pointilliste mais jamais pointilleuse.

Dans ce qui est à la fois un roman et la biographie d’un lieu, Pierre Assouline réussit le tour de force de nous faire oublier ce qui est roman de ce qui est biographie. Là, dans les suites, salles de restaurant, le bar ou les salon nous croisons avec une incroyable évidence le général de Gaule, Willie Brandt ou James Joyce, comme nous croisons les destins de ces déportés anonymes auxquels l’auteur rend un vibrant hommage.  

Je vous invite vraiment à lire « Lutetia » avec lequel vous prendrez, j’en suis sûr, un plaisir incommensurable. Monsieur Assouline, soyez remercié pour ce roman d’une extrême finesse. Un véritable coup de cœur.

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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 21:44
... for a while....

Merci à toutes et celles et ceux qui ont eu la gentillesse de me témoigner ici leur amitié et leur soutien.

A défaut de me montrer original, sachez que je vous souhaite plein de santé et de bonheur pour cette année 2010. Que la lecture vous permette de vous évader, de ressentir de formidables émotions.

 

Pas de complainte sur la fréquentation famélique de l’endroit, rassurez-vous.

 

Comme j’ai décidé de vous torturer encore un peu, sachez que je serai demain samedi 9 janvier sur les ondes d’IDFM vers 17h30 pour une chronique sur le roman « Lutetia » de Pierre Assouline.

 

Pour les franciliens cela sera sur 98.0 FM.

 

Pour tous les autres, cela sera via votre PC préféré en cliquant sur le lien ci-dessous :

 

http://idfm98.free.fr/index10.php

 

A demain peut-être.

 

Bien à vous,

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25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 11:25

 

Foule en délire, mes trois lecteurs fidèles, je vous souhaite de passer d'excellentes fêtes de fin d'année en compagnie de celles et ceux qui vous sont chers.
Le blog et son auteur (je parle de moi) prennent quelques jours de repos (plus ?).
Je sais que je vais vous manquer (non ? bon, tant pis).

Je reviendrai peut-être l'année prochaine, allez savoir.

 

Prenez bien soin de vous.

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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 21:43

J’ai promené ma peine au pied de la muraille

Mon regard se heurtant à cette prison de pierre

Banni de ton refuge, offert à la mitraille

J’encours à chaque instant le trépas des paupières.

 

Pourtant je prends le risque d’y perdre cette existence

Sans autre perspective qu’un demain aux abois

Ton absence qui m’étrangle aux forêts des potences

Où le ciel est de jais et jamais ne flamboie.

 

Je garde secret espoir d’accéder à ton cœur

Que la geôle de granit insidieusement oppresse

Où ton père incestueux se pavane en vainqueur.

 

Il ignore que ton âme doucement me caresse

M’invitant à survivre pour qu’un jour nos destins

Puissent enfin s’épouser au-delà du fortin.
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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 20:05

Le décor est planté

Aucun détail ne manque

Des lumières scintillantes

Aux couleurs saturées.

 

Nos narines frémissent

Aux arômes torréfiés

Les promesses sucrées

La cannelle et l’encens.

 

Dans l’azur ténébreux

Tous les flashs qui crépitent

Evoquent une nuée

Fabuleuse d’étoiles filantes.

 

Une douce frénésie

Envahit l’air ambiant

Où les cris des enfants

Ont le parfum des ors.

 

Les barbus finlandais

Chevauchent l’imaginaire

Leurs costumes rouge et blanc

Entretiennent cet espoir.

 

Je me laisse griser

Me disant que peut-être…

Quand soudain je remarque

Ton visage émacié.

 

Pour qui n’y prendrai garde

On te croirait grimée

Comme une saltimbanque

Composant un faciès.

 

Mais je croise dans tes yeux

Une faille de terreur :

En cette nuit de Noël

Tu es prête à sombrer.

 

Emporté par la foule

J’avance encore un peu

Esquissant un sourire

A l’émail indécent.

 

Tu t’accroches à l’espoir

D’une main secourable

Chaleureuse et sincère

Qui te viendrait en aide. 

 

Mais je suis un minable

Egoïste et odieux.

Ignorant ton appel

Je poursuis mon chemin.

 

 

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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 11:01

La ville n’est que noirceur,

A l’ombre de mes yeux

Nul astre n’a jamais lui.

 

Il en va de mon cœur

Comme dans l’univers peint

En aplats noirs et froids.

 

Aucune onde ne m’atteint

Ni bonheur, ni envie ;

L’amour m’est inconnu.

 

Autour de moi gravite

Comme une anti-matière

Aspirant corps et âmes.

 

La ville soudain prend peur

A cette perspective :

Elle risque d’être engloutie.

 

Je me repais des autres

Sans désir et sans faim

Nullement rassasié.

 

La ville soudain m’écoeure

Terrible dyspepsie

Inondant mon regard.

 

Par delà mes paupières

Tu es là devant moi

Sans crainte ni désarroi.

 

Tu sais bien avant moi

Que cette mascarade

Prendra fin dans tes bras.
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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 21:35

Soudain tu lèves le voile sans la moindre pudeur

Désirant contempler l’étendue des dégâts

Ton visage ne trahit qu’une sourde rancœur

L’homme que tu as aimé n’est pour toi qu’un Judas.

 

De nous deux tu es bien celle qu’il faudrait plaindre

Et la faute m’en revient sans discussion possible

A l’abri de tes bras j’aurais voulu éteindre

Le feu du désarroi aux douleurs indicibles.

 

La seule volonté est parfois bien fragile

Quand les forces supérieures travestissent nos âmes

Ignorant les tourments, les lois de l’évangile

 

Qui s’imposaient à nous ont brûlé dans les flammes.

Tes yeux s’arriment aux miens avec condescendance

Mon corps s’est calciné aux torches de l’imprudence. 

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 20:58

Le racisme est comme la connerie : il est daltonien.

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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 08:56

Tu croyais naïvement aux vertus du travail

Au salaire de la sueur et de l’intelligence

Ton patron soutenant que pour être au sérail

Tu devais chaque instant témoigner allégeance.

 

Ainsi donc tu portais sur les fronts baptismaux

Les valeurs essentielles qu’on t’avait inculquées

Répétant à l’envi qu’il n’était point de maux

Que leur stricte observance ne puisse éradiquer.

 

Puis vint le jour d’un siège directorial vacant; 

Tu pensas tout de go qu’on saurait reconnaître

Ta servile obligeance, ton parcours convaincant

 

Pour qu’enfin dans le cercle en grande pompe tu pénètres.

Evincé de la course, tristement tu compris

Qu’un défaut d’ascendance ne valait que mépris.
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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 21:50

La terre colle à mes pieds

Traînant comme un fardeau

Le plomb de mes souliers.

 

Avide de liberté

J’épouserai l’oiseau

Sur l’autel azuré.

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