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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 05:20

 

Ci-après le texte de la chronique radio réalisée sur IDFM dans l'émission de Laurence Ducournau "Les mots des livres".

 

 

 

 

 

Que se passe-t-il lorsqu’un auteur rencontre un phénoménal succès éditorial ? Quelles en sont les conséquences, à court, moyen et long terme ? Peut-on en sortir indemne ? Comment évolue l’estime de soi ? Notre image change-t-elle dans les yeux des autres ?

Et puis, que peut-on écrire après un tel succès ? Comment répondre à l’attente des lecteurs, à celle des médias, de la famille ou des amis ?  Peut-on seulement encore écrire ?

Comment survivre à un tel tourbillon, tout simplement ?

C’est ce qu’explore Delphine de Vigan dans cette autofiction intitulée « D’après une histoire vraie » et ce, dès la première page de son opus dont voici le premier chapitre in extenso :

« Quelques mois après la parution de mon dernier roman, j’ai cessé d’écrire. Pendant presque trois années, je n’ai pas écrit une ligne. Les expressions figées doivent parfois s’entendre au pied de la lettre : je n’ai pas écrit une lettre administrative, pas un carton de remerciement, pas une carte postale de vacances, pas une liste de courses. Rien qui demande un quelconque effort de rédaction, qui obéisse à quelque préoccupation de forme. Pas une ligne, pas un mot. La vue d’un bloc, d’un carnet, d’une fiche bristol me donnait mal au cœur.

Peu à peu, le geste lui-même est devenu occasionnel, hésitant, ne s’exécutait plus sans appréhension. Le simple fait de tenir un stylo m’est apparu de plus en plus difficile.

Plus tard, j’ai été prise de panique dès que j’ouvrais un document Word.

Je cherchais la bonne position, l’orientation optimale de l’écran, j’étirais mes jambes sous la table. Et puis je restais là, immobile, des heures durant, les yeux rivés sur l’écran.

Plus tard encore, mes mains se sont mises à trembler dès que je les approchais du clavier.

J’ai refusé sans distinction toutes les propositions qui m’ont été adressées : articles, nouvelles de l’été, préfaces et autres participations à des ouvrages collectifs. Le simple mot écrire dans une lettre ou un message suffisait à me nouer l’estomac.

Ecrire, je ne pouvais plus.

Ecrire, c’était non.

Je sais aujourd’hui que différentes rumeurs ont circulé dans mon entourage, dans le milieu littéraire et sur les réseaux sociaux. Je sais qu’il a été dit que je n’écrirais plus, que j’étais parvenue au bout de quelque chose, que les feux de paille, ou de papier, toujours, finissent pas s’éteindre. L’homme que j’aime s’est imaginé qu’à son contact j’avais perdu l’élan, ou bien la faille nourricière, et que par conséquent je ne tarderais pas à le quitter.

Lorsque des amis, des relations, et parfois même des journalistes se sont aventurés à me poser des questions sur ce silence, j’ai évoqué différents motifs ou empêchements parmi lesquels figuraient la fatigue, les déplacements à l’étranger, la pression liée au succès, ou même la fin d’un cycle littéraire. Je prétextais le manque de temps, la dispersion, l’agitation, et m’en tirais avec un sourire dont la feinte sérénité ne dupait personne.

Aujourd’hui, je sais que tout cela n’est que prétexte. Tout cela n’est rien.

Avec mes proches, il m’est sans doute arrivé d’évoquer la peur. Je ne me souviens pas d’avoir parlé de terreur, c’est pourtant de terreur qu’il était question. Maintenant je peux l’admettre : l’écriture qui m’occupait depuis si longtemps, qui avait si profondément transformé mon existence et m’était si précieuse, me terrorisait.

La vérité est qu’au moment où j’aurais dû me remettre à écrire, selon un cycle qui alterne des périodes de latence, d’incubation, et des périodes de rédaction à proprement parler – cycle quasi chrono-biologique que j’expérimentais depuis plus de dix ans -, au moment donc où je m’apprêtais à commencer le livre pour lequel j’avais pris un certain nombre de notes et collecté une abondante documentation, j’ai rencontré L.

Aujourd’hui je sais que L. est la seule et unique raison de mon impuissance. Et que les deux années où nous avons été liées ont failli me faire taire à jamais. »

Ainsi donc cette L., puisqu’il s’agit d’une femme, serait la cause de tous les maux de Delphine de Vigan. On sait l’auteure brillante, sensée, peu encline à s’exposer sur la place publique autrement que par l’entremise de ses écrits. Alors on s’interroge : comment une seule personne aurait-elle bien pu causer autant de dégâts ? Comment cette personne, a priori sortie de nulle part ou presque, aurait-elle bien pu investir la vie entière de Delphine ? La chose parait bien improbable. Et pourtant…

Connaissant Delphine depuis vingt ans, j’ai d’abord été circonspect. Quel crédit pouvais-je accorder à cette histoire, à cette autofiction déclarée ? Dans quoi avait-elle décidé de s’embarquer ? Est-ce que tout cela pourrait, a minima, être plausible ?

Ce sont ces questions que je ne pouvais m’arrêter de me poser au début de son roman. Et puis, peu à peu, comme L. avait si bien su le faire avec Delphine, je me suis laissé emporter par le flot des évènements, par l’atmosphère de plus en plus lourde que Delphine instille par petites touches, subrepticement. Rien ne pouvait plus arrêter la machine infernale, le piège machiavélique savamment imaginé et mis en scène.

J’ai trouvé dans cette histoire une atmosphère hitchcockienne, diabolique. Delphine manie avec maestria l’art du suspense, celui de l’angoisse qui monte page après page sans que l’on parvienne à imaginer ce qui va arriver. C’est, disons-le, la marque même d’un grand roman qui mérite amplement le succès qui est le sien.

Chère Delphine, j’ai aimé tous vos romans, mais celui-ci est celui que je préfère. Continuez à explorer cette voie.

Et vous, chers auditeurs, si vous n’avez pas encore lu « D’après une histoire vraie », il ne vous reste plus qu’à vous précipiter chez votre libraire.

 

 

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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 05:50

Hubert Mounier nous a quittés hier, bien trop tôt. Hubert était un artiste protéiforme, dessinateur, auteur compositeur de grand talent. J’ai toujours regretté qu’il ne soit pas reconnu à la hauteur de son génie.

Va en paix cher Cleet Boris.

 

 

Mobilis In Mobile

 

Quand les vérités sont trop lasses 
Pour douter du temps qui passe 
D'autres ont déjà pris leur place 

Alors elles s'effacent 
Quand les vérités sont banales 
Elles s'étalent dans le journal 
Il vaut mieux tourner la page 
Partir en voyage 

J'irai voir tôt ou tard 
Si les sirènes existent 
Sur le dos des baleines 
Je suivrai leur piste 
Car nul ne résiste 
Au charme doux 
De leur chant d'amour 
J'irai voir tôt au tard 
Si les sirènes insistent 
Sous les flots qui m'entrainent 
Je suivrai leur piste 
Car nul ne résiste 
Au charme doux 
De leur chant d'amour 


Mobilis in mobile 
Mobilis in mobile 

J'irai de l'avant 
Contre le vent 

Quand les vérités sont fatales 
Qu'elles n'ont plus de bonne étoile 
On les voit lever le voile 
Tout leur est égal 
Quand les vérités aux mains sales 
Se construisent des catédrales 
Il vaut mieux fuir à la nage 
Partir en voyage 

J'irai voir tôt ou tard 
Si les sirènes existent 
Sur le dos des baleines 
Je suivrai leur piste 
Car nul ne résiste 
Au charme doux 
De ce dernier rendez-vous 
J'irai voir tôt au tard 
Si les sirènes insistent 
Sous les flots qui m'entrainent 
Je suivrai leur piste 
Car nul ne résiste 
Au charme doux 
De leur chant d'amour 

Mobilis in mobile 
Mobilis in mobile 

J'irai de l'avant 
Contre le vent 
Même si les sirènes n'existent pas

 

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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 10:18

 

 

Dans l’univers sombre et froid des romans policiers scandinaves, j’ai toujours eu une attirance certaine pour les ouvrages d’Arnaldur Indridason. L’auteur islandais possède cette qualité rare : savoir distiller en peu de mots, à l’économie, presque comme un pointilliste, les touches essentielles d’un décor et d’une atmosphère à nul autre pareil. Dans cet opus sobrement intitulé « Le Duel » Arnaldur Indridason remonte le temps et nous emmène à Reykjavik en 1972 pour revivre, comme si nous y étions, le mythique championnat du monde d’échecs opposant le fantasque américain Bobby Fischer au méthodique soviétique Boris Spassky, tenant du titre. Les échecs sont le domaine d’excellence des soviétiques, le terrain de bataille où ils affirment leur supériorité depuis 1948, lieu d’excellence servant la propagande du régime. À travers ces deux hommes s’affrontent deux idéologies, deux conceptions du monde diamétralement opposées : le capitalisme et le communisme, l’individu roi contre le pouvoir roi. Ainsi Fischer n’hésite-t-il pas à critiquer ouvertement ses compatriotes quand Spassky est un parfait communiste, effacé, véritable ambassadeur de la nation. L’Islande, de par sa position géographique médiane, s’est imposée comme un parfait centre de gravité, le seul lieu où pouvait se dérouler cette bataille, ce combat singulier. En ce mois de juillet 1972, le monde entier a les yeux rivés sur l’île volcanique, là où le feu bouillonne sous la glace, là où il semble que tout peut exploser, imploser même, d’une seconde à l’autre, sans crier gare. C’est comme si, par l’entremise de ces parties d’échecs, l’avenir de la planète tout entière était en jeu, comme si on devait décider une bonne fois pour toutes, jusqu’à la fin des temps, si le soleil devait continuer à se lever à l’est et se coucher à l’ouest, comme si la guerre froide allait connaître son épilogue, ni plus ni moins. C’est cette atmosphère particulière, ce sentiment d’oppression, d’instabilité permanente qu’Arnaldur Indridason a parfaitement su retranscrire tout au long de son récit. Mais avant cela, ouvrons le roman à la première page :

« À la fin du film, lorsque la lumière fut rallumée et que les spectateurs eurent quitté la salle, l’ouvreur découvrit le cadavre. C’était une séance de cinq heures, en milieu de semaine. Comme d’habitude, la caisse avait ouvert soixante minutes avant la projection et le jeune homme avait été le premier à acheter son ticket. La caissière l’avait à peine remarqué. Agée d’une trentaine d’années, ses cheveux permanentés ornés d’un ruban de soie bleue, sa cigarette posée dans le cendrier, elle était plongée dans un Modes et Travaux danois et avait tout juste levé les yeux lorsqu’il s’était présenté ; 

- Une entrée ? avait-elle demandé.

Il s’était contenté de hocher la tête. Elle lui avait tendu son billet, rendu sa monnaie et remis le programme avant de reprendre sa lecture. Il avait rangé l’argent dans l’une de ses poches et le ticket dans une autre avant de quitter les lieux. »

D’emblée, pour le lecteur, l’homicide apparaît des plus étranges, presque incongru. En effet, qu’est-ce qui a donc pu pousser quelqu’un à assassiner dans un cinéma un jeune homme a priori sans histoire ? Qu’est-ce qui pourrait justifier une telle prise de risque ? Que cherchait le meurtrier ? A-t-il agi seul ou bien avait-il un complice ? Avait-il prémédité son crime ? Et tout cela peut-il avoir, de près ou de loin, un lien avec le championnat du monde d’échecs ? Ce crime a-t-il été commis par un islandais ou bien par un étranger ? Il faut dire que Reykjavik connaît un afflux de visiteurs sans précédent (si on excepte bien entendu la seconde guerre mondiale). La ville a été prise d’assaut par les délégations soviétiques et américaines, les supporters des deux champions, les journalistes accourus des cinq continents, sans compter les bataillons de fans d’échecs. C’est à toutes ces questions que devra tenter de répondre Marion Briem, l’expérimentée commissaire de la Criminelle islandaise. Secondée par un jeune enquêteur, Albert, Marion va devoir s’attacher au moindre détail, au plus petit indice, pour tenter de comprendre comment ce drame a pu se produire. Et des indices, il n’y en a que peu, pratiquement aucun même lorsque débute l’enquête. Il faudra donc remuer ciel et terre, être à l’affut, élaborer des scénarios bien fragiles pour avancer dans cette enquête singulière. Arnaldur Indridason réussit à nous tenir en haleine sans effusion d’hémoglobine au verso de chaque page, sans rebondissement improbable, sans avoir recours aux bonnes grosses ficelles dont sont coutumiers trop d’auteurs de polars. Ici, tout n’est que finesse, variations subtiles, partition maîtrisée où « Le Duel » entre Fischer et Spassky ne se contente pas de servir de décor, d’arrière-plan commode. La galerie de personnages est tout en justesse, parfaitement campée dans cette époque si proche et déjà si lointaine. Je vous recommande vivement de le lire ce roman, de participer à ce « duel ». Croyez-moi, vous ne serez pas déçus.

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12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 09:27

Amis terriens, votre Extra-Terrestre préféré sera en téléportation sur les ondes d’IDFM ce jour à 16 heures et quelques poussières d’étoiles pour vous parler du roman d’Arnaldur Indridason « Le Duel ».

Sur 98 FM pour ceux d’entre vous stationnés en Ile-de-France.

Ici pour les autres : http://idfm98.free.fr/

 

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 15:13

Comme la plupart des gens, j’imagine, lorsque je découvre un livre je regarde d’abord la couverture. Je m’arrête sur le titre qui provoque chez moi, ou pas, un certain nombre d’émotions plus ou moins dicibles. Puis vient ensuite l’illustration ou la photographie devant concourir à renforcer les évocations portées par le verbe.

De ce point de vue, le livre d’Antoine de Bujadoux est, d’emblée, véritablement accrocheur. « Tard à la Mouffe et autres nouvelles ». Pour un francilien qui a traîné ses guêtres sur les bancs de l’université, la rue Mouffetard est un passage obligé, un lieu de rassemblement évident où les nourritures terrestres et spirituelles se conjuguent dans un flot souvent tumultueux. Une des plus célèbres descriptions de la rue nous a été donnée par Georges Duhamel qui, dans « Confessions de minuit » la dépeignait ainsi : « Comme une veine de nourriture coulant au plus gras de la cité, la rue Mouffetard descend du nord au sud, à travers une région hirsute, congestionnée, tumultueuse. » Il y a effectivement de cela. Mais la photographie de couverture de la rue Mouffetard est ici tout autre : un cliché de nuit, en noir et blanc, où seule l’ombre d’un passant presque fantomatique se glisse dans l’étroit goulet. Ça y est, non tenons le titre Une très belle photographie due au talent de Jehan de Bujadoux, le frère d’Antoine, qui peaufine son art à l’école Louis Lumière.

Mais qui est donc Antoine de Bujadoux ? La quatrième de couverture nous révèle qu’il est « étudiant en école de commerce », l’une des plus renommée en fait, l’EDHEC business school.

En tournant les premières pages du livre, je m’arrête sur la dédicace « À ma mère » dont la concision vaut tous les discours sur la puissance du lien devant exister entre ces deux-là. Sa mère, c’est Ghislaine, une insatiable papivore, une liseuse au long cours. Il y a certainement un atavisme familial pour les nourritures spirituelles, les disciplines artistiques, celles qui nous ramènent rue Mouffetard, et qui nous y colle définitivement lorsque l’on sait qu’Yves, le père de famille, est un éminent compositeur de musique.   

Voilà, une partie du décor de l’univers de Bujadoux est planté.

La rue Mouffetard, nous la retrouvons dès la première des sept nouvelles du recueil, avec le personnage de Félix qui, presque « naturellement », y tient un restaurant. Lorsque les derniers clients ont quitté son établissement, Félix ne veut pas rentrer directement chez lui. Il a besoin de s’accorder une parenthèse de détente, rien que pour lui, pour souffler un peu. Cette parenthèse va s’ouvrir dans un bar où, sans y avoir vraiment réfléchi, il boit quelques verres avant de se retrouver bientôt embarqué dans une improbable partie de poker. D’emblée, nous percevons ce qui fait la signature d’Antoine de Bujadoux, la capacité à accaparer le lecteur, à l’emmener d’une phrase à l’autre, à le pousser à tourner une page, puis l’autre afin de découvrir la suite, ce qui vient après… Encore faut-il trouver une chute qui ne soit pas nécessairement celle que le lecteur attend, celle qu’il anticipe, celle qui s’imposerait presque comme une évidence. Non, la chute, c’est celle qu’Antoine a ourdie dans son esprit fertile.

Après Félix, voici Léonard, qui survit dans le présent après avoir vécu une grande histoire d’amour dans le passé avec Eléa, celle qu’il n’a jamais oubliée. Jusqu’au jour où… Là encore, Antoine de Bujadoux nous conduit vers une issue originale, porté par une écriture sans fioriture, sans effet de manche superflu. Un style qui colle parfaitement avec le genre de la nouvelle.

Les histoires s’enchaînent, « Le Matador », puis « L’amant du Luxembourg » une de mes préférées.

Antoine de Bujadoux, sans coup férir, aligne ses histoires tout aussi simples que singulières, les histoires de femmes et d’hommes d’aujourd’hui, porteuses de promesses et d’espoirs, de bonheurs ou de malheurs, petits ou grands. Un condensé de l’existence.

Chaque chose est à sa place. C’est à cela que l’on reconnaît celui qui a du talent. Alors, s’il a fallu en passer par l’autoédition pour faire entendre sa voix, il y a fort à espérer que des éditeurs permettront à Antoine de Bujadoux de continuer son aventure littéraire avec la même verve, le même brio. De quoi faire un peu plus, s’il en était besoin, la fierté de sa maman.

Bravo Antoine.

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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 14:00

Retour sur les ondes, histoire d'achever définitivement ce week-end de printemps aux effluves automnaux, de pourrir inexorablement l'ambiance.

Demain, le 8+1 = 9 mai, je serai sur les ondes d'IDFM (98 fm) pour chroniquer le premier ouvrage d'Antoine de Bujadoux "Tard à la Mouffe".

Vers 16h05, vous pourrez également écouter mon papier sur la toile.

http://idfm98.free.fr/

Alors, heureux ?

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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 15:52

http://editions.flammarion.com/docs/Albums/38890/9782081242524_cm.jpg

Certains romans ont cette vertu de nous pousser dans nos derniers retranchements. « La distribution des lumières » en fait incontestablement partie. À tel point que, lorsque je me suis dit que j’allais lui consacrer un papier, je n’ai pas vraiment su par quel bout le prendre. Par certains côtés, ce roman m’a rappelé « Chronique d’une mort annoncée » de l’immense Gabriel García Márquez, prix Nobel de littérature disparu cette année.

« La distribution des lumières »  c’est d’abord l’histoire de Pasquale, un traducteur italien qui a décidé de quitter l’Italie, et sa femme par la même occasion, afin de mettre de la distance avec cette société qui a porté au pouvoir un certain Berlusconi. Bien que son nom ne soit pas cité d’emblée, le lecteur aura tôt fait de le reconnaître, en quelques lignes à peine. Pasquale déteste, exècre même cet homme-là, lui et toute sa clique. Berlusconi lui apparaît comme la négation même de l’Italie, de sa culture, de son histoire et ses valeurs. Ce Berlusconi qui, quelque part, est l’incarnation de son antithèse : rhéteur outrancier, provocateur abject.

Voici donc ce que Pasquale en dit au bout de trois pages : « Comment faut-il appeler notre président du conseil ? Eminence, Cavaliere, qu’on lit partout dans la presse ? Condottiere a une nuance plus marquée, on y décèle les tours de passe-passe des conspirateurs de la Renaissance. A-t-il des ressemblances avec Héliogabale, ce prêtre du soleil, fou, sanguinaire qui devint empereur de Rome ? Peut-être est-il tous ces noms, les reçoit-il en échange de son omniprésence, du malaise que son action politique inspire. J’hésite. L’Italie a connu la peste du temps de Boccace et le fascisme il y a soixante-dix ans. La peste brune pourrait nous menacer à nouveau. On nous assure que Berlusconi n’est pas fasciste, j’aimerais le croire. Quand la petite bourgeoisie post-industrielle télématique saccage la culture d’un pays et prend le pouvoir, il me semble qu’on a le droit d’utiliser le terme de fascisme. Quand 1500 sans-papiers sont expulsés en une seule nuit avec ratonnades dans les rues et dans les maisons privées, on peut y voir une version italienne de la nuit de cristal. Et même s’il ne s’agissait pas de ça, le berlusconisme ne vaut guère mieux que la peste brune, on en déplorera longtemps les effets, la régression humaine, le mépris. Il nous faudrait un écrivain de génie qui sache allier la délicatesse et la revendication, un florentin autant qu’un citoyen avisé pour lutter contre cette peste-là. Je ne l’ai pas vu à l’horizon, je suis parti. »

Les choses sont clairement énoncées. Pasquale revendique son attitude démissionnaire, son manque évident de courage et d’abnégation. Il passe les Alpes et s’installe à Lyon.   

« La distribution des lumières »  c’est ensuite Anna, une jeune et séduisante pianiste, prof de musique dans un triste collège de la banlieue lyonnaise. Pasquale et Anna vont lier connaissance sur internet alors qu’il cherche des précisions sur le contrepoint pour le roman anglais qu’il est en train de traduire. L’histoire d’un coup de foudre pourtant hautement improbable, comme quoi…

Mais « La distribution des lumières »  c’est aussi, et peut-être surtout, l’histoire d’Aurèle, une adolescente qui focalise en elle l’ensemble des passions, des équivoques, des emportements d’une jeune fille, d’une personne évoluant en équilibre instable entre deux mondes. Clairement plus une enfant, Aurèle n’est pas tout à fait adulte même si elle aspire à le devenir le plus vite possible, question de perspectives, d’autonomie, d’indépendance. Mais pour l’instant Aurèle est intimement, viscéralement liée à Jérôme, un demi-frère simplet qui lui sert tout autant de faire-valoir, que de confident, Jérôme dont la force physique brute, voire brutale, contraste singulièrement avec la finesse, la fragilité d’Aurèle, brindille rebelle.

Aurèle cherche l’amour, la considération qu’elle ne peut pas trouver dans sa famille recomposée, là, dans cet appartement d’une banale cité HLM où elle se morfond tout autant qu’elle rêve.

Anna est la prof de musique d’Aurèle. Dès qu’Aurèle a rencontré Anna, elle a immédiatement été attirée, comme un papillon par la lumière, une force qui la dépasse, la surpasse, l’emporte, une vague qui l’entraîne et chamboule tout dans sa tête et dans son cœur. Aurèle est secrètement amoureuse d’Anna qu’elle voudrait posséder, rien que pour elle, de façon exclusive, égoïste. Le hasard a voulu que leurs appartements respectifs soient face à face, de part et d’autre de la rue. Grâce à cela, Aurèle s’immisce dans l’intimité d’Anna, développe un voyeurisme obsessionnel. De quoi faire d’Anna sa chose… sauf qu’Aurèle va découvrir, horrifiée qu’un homme a fait irruption dans la vie d’Anna, et cet homme c’est Pasquale…

Dans ce roman d’une grande justesse, Stéphanie Hochet nous fait concomitamment partager les tourments de l’adolescence, les questionnements existentiels d’un homme mature, presque résigné, et les zones de friction que leur rencontre va générer. Une lutte profonde, violente, tellurique, comme celle opposant deux plaques tectoniques, une accumulation extrême de tensions qui, nécessairement, va déboucher sur un immense et dévastateur tremblement de terre.

L’atmosphère grave et oppressante instillée par Stéphanie Hochet sert parfaitement l’histoire qu’elle met en scène, nimbe les personnages d’une lumière risquant de les éblouir les uns les autres, comme elle éblouit le lecteur jusqu’à lui brûler les yeux. « La distribution des lumières »  est un roman qui sonne juste, qui appuie là où ça fait mal, au tréfonds de l’âme humaine. Un roman dont vous ne sortirez peut-être pas indemne mais que je vous recommande vivement.

 

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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 04:52

Le problème, voyez-vous, avec les moyens modernes de communication, c’est que le fan se multiplie tel des cellules météoriques. Résultat, je dois développer des trésors de ruse pour vous conserver une place de choix. J’attends donc le dernier moment pour vous annoncer que je réaliserai ce jour, vers 16h35, une chronique du roman de Stéphanie Hochet « La distribution des lumières ».

Pour vous connecter sur l’émission « les mots des livres » de Laurence Ducournau, vous avez le choix entre le traditionnel poste de radio sur 98.FM, ou bien, en faisant un stop sur la toile avant que l’araignée ne vous repère :  http://idfm98.free.fr/index.php 

Restez discrets, n’ébruitez pas cette information aussi confidentielle… que mon audience. 

 

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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 17:56

http://www.seuil.com/images/couv/b/9782021117707.jpg

Lorsqu’un roman déclenche dès sa sortie une frénésie médiatique, a fortiori si l’auteur est un très jeune novice, j’adopte quasi systématiquement une attitude de circonspection. J’attends alors que la vague déferle plus loin, sur les hordes de lecteurs avides de sensationnel, sur les découvreurs de talent(s) – avec ou sans « s »  –.

Alors, forcément, en ce mois de janvier 2014, lorsque la petite rentrée littéraire consacre ex abrupto l’ouvrage d’Edouard Louis « En finir avec Eddy Bellegueule », lorsque les médias dans leur ensemble ont chanté en chœur les louanges pour ce roman, ma réserve habituelle s’est instantanément muée en prudence. Sans aucun doute une réminiscence de mon ancienne vie de marketeur. Je connais trop la musique pour me laisser berner.

Sauf que, quelques semaines plus tard Ghislaine, une collègue papivore, m’en dit à son tour le plus grand bien. Je lui fais part de ma réserve, une réserve qu’elle a tôt fait de balayer d’un revers de manche, en me disant en substance « lis d’abord, tu jugeras ensuite ». L’évidence même. Avisant sans aucun doute ma mine dubitative Ghislaine sort un coup gagnant en me proposant de me prêter l’exemplaire qu’elle s’est elle-même offert.

Histoire de ne pas perdre la face devant moi-même, de conserver un soupçon d’estime pour ma petite personne, j’ai freiné quelques semaines supplémentaires, le temps de déguster « L’embellie » le roman d’Audur Ava Olafsdottir présenté sur ces mêmes ondes le mois dernier.

Et puis, j’ai commencé ma lecture : « De mon enfance je n’ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n’ai éprouvé de sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n’entre pas dans son système, elle le fait disparaître. » Groggy par la force de ce premier paragraphe, j’ai posé le livre, avant de relire lentement une fois, puis deux, cette entrée en matière tellement puissante qu’elle ne pouvait, à l’évidence, n’être qu’un sentiment intime réellement éprouvé par l’auteur. J’ai ensuite continué : « Dans le couloir  sont apparus les deux garçons, le premier, grand, aux cheveux roux, et l’autre, petit, au dos voûté. Le grand aux cheveux roux a craché Prends ça dans ta gueule. Le crachat s’est écoulé lentement sur mon visage, jaune et épais, comme ces glaires sonores qui obstruent la gorge des personnes âgées ou des gens malades, à l’odeur forte et nauséabonde. Les rires aigus, stridents, des deux garçons Regarde il en a plein la gueule ce fils de pute. Il s’écoule de mon œil jusqu’à mes lèvres, jusqu’à entrer dans ma bouche. Je n’ose pas l’essuyer. Je pourrais le faire, il suffirait d’un revers de manche. Il suffirait d’une fraction de seconde, d’un geste minuscule pour que le crachat n’entre pas en contact avec mes lèvres, mais je ne le fais pas, de peur qu’ils se sentent offensés, de peur qu’ils s’énervent encore un peu plus. »

Il y a comme un aveu fondateur « il suffirait d’un revers de manche ». Seulement voilà, ce revers de manche, jamais Eddy ne le fera, victime expiatoire presque consentante, comme s’il s’était résigné à payer le prix. Mais le prix de quoi ? Le prix de sa différence, de ses différences avec les autres, tous les autres, ceux de son milieu, un village triste de Picardie, sinistré économiquement, désert culturel, presqu’une réminiscence de l’« Assommoir » ou de « La longue peine » : différence physique, différence sexuelle, différence d’intelligence, différence d’attitude, différence de vue… Tout ce qui le singularise, tout ce qui fait qu’on le traite comme une curiosité, presqu’un animal de foire qu’on aurait décidé de martyriser, de faire payer pour tout ce qu’il est et que tous les autres ne sont pas. Eddy Bellegueule, un nom en trompe-l’œil, pour celui qui a une sale gueule, celle de l’étranger qu’on vilipende à l’envi, qui à la gueule de l’autre, sur qui on rejette la faute, sur qui on crache, au propre comme au figuré, dans un mélange de racisme, de xénophobie et d’intolérance exacerbés. Celui dont tout le monde parle jusque dans la cour du collège de secteur : « C’est toi le pédé ? ». Celui qui se singularise « Pourquoi Eddy il se comporte comme une gonzesse. Ils m’enjoignaient : Calme-toi, tu peux pas arrêter avec tes grands gestes de folle. Ils pensaient que j’avais fait le choix d’être efféminé, comme une esthétique de moi-même que j’aurais poursuivie pour leur déplaire. »

En finir avec Eddy Bellegueule dérange assurément. Dans ce roman, qui flirte avec le récit sur lequel il s’appuie largement, Edouard Louis, alias Eddy, expurge toute la peine, la rage et le désespoir qui ont marqué son enfance et son adolescence. Une introspection, une psychanalyse couchée sur le papier, un besoin de dire et de partager ce qu’il a vécu dans cette Picardie si proche et si lointaine. Le style est simple, direct, sans fioriture, en parfaite adéquation avec la violence sournoise qui s’insinue insidieusement jusque dans le plus infime interligne du livre. Des aveux choc : « On ne s’habitue jamais à l’injure ». Et des injures, il en a plu sur Eddy, tombé comme une grêle froide et cinglante : « Pédale, pédé, tantouse, enculé, tarlouze, pédale douce, baltringue, tapette (tapette à mouches), fiotte, tafiole, tanche, folasse, grosse tante, tata, ou l’homosexuel, le gay. » Des répliques presque insoutenables « C’est ça qu’est le meilleur, c’est le sang quand il vient juste de sortir de la bête qui crève. » ou bien criantes de vérité « Le manque d’argent finissait toujours par se transformer en choix »

Difficile de dire si j’ai aimé ou détesté ce livre. Probablement un peu des deux. Ce qui fera qu’il laissera une empreinte durable dans ma mémoire, mais n’était-ce pas là le but recherché ?

 

 

 

 

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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 10:59

Que voulez-vous, je m'accroche à l'idée qu'il y aura bien quelqu'un qui, par désespoir sans doute, ou bien "sur un malentendu" comme disait l'autre, écoutera la radio ce samedi vers 17h20. Non, ben tant pis ! Vous lirez ensuite le papier sur le blog ? Non plus ! Ah oui, encore faudrait-il qu'il y ait un visiteur passablement éméché qui se perde au milieu de nulle part. 

Quoi qu'il en soit, je chroniquerai donc le roman d'Edouard Louis "En finir avec Eddy Bellegueule". Ayant (volontairement) laissé passer la meute, cette chronique sera certainement la 2 794ème sur ce bouquin. Mais bon, il faut aussi des suiveurs de suiveurs, ceux qui font du vélo derrière la voiture balai. Retournez-vous, ne partez pas, en regardant bien plus bas les premiers lacets de l'Alpe, peut-être me verrez-vous soufflant comme un bœuf... 

Pour les hertziens (idf) c'est sur 98.0 Fm

Pour les câblés et les fibrés c'est plutôt là : link

 

 

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