Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Partager ma passion pour l'écriture sous toutes ses formes. Vous faire connaître quelques coups de cœur de lecture. Confronter nos points de vue, tout simplement.

Publicité

Luis Sepúlveda



Luis Sepúlveda est un écrivain engagé, un engagement politique qui lui vaudra notamment de connaître les geôles du régime du tristement célèbre général Augusto Pinochet. Condamné à vingt-huit ans d'emprisonnement en tant que militant communiste, il passera deux ans et demi à Temucodu, un établissement pour opposants politiques, avant de connaître l'exil suite à l'intervention d'Amnesty International.

C'est sans doute au cours de cet exil que naquit la prise de conscience écologique de Luis Sepúlveda, plus précisément lorsqu'il partagea, une année durant, la vie des indiens shuars. Luis Sepúlveda a ainsi participé à un programme d'étude de l'UNESCO dont l'objectif était d'étudier l'impact de la colonisation sur ce peuple amérindien. C'est de cette rencontre et de celle, plus personnelle, avec Chico Mendes, ardent défenseur de la forêt amazonienne qui sera assassiné sur ordre de riches propriétaires terriens, que Luis Sepúlveda rédigera son premier manifeste vert « Le Vieux qui lisait des romans d'amour », un magnifique roman qu'il dédiera à son ami assassiné.

Aujourd'hui je vous parlerai plus longuement de son roman « Le Monde du bout du monde »  dont la première traduction française a été publiée en 1993. Dans cet opus Luis Sepúlveda reprend la lutte, une lutte sans concession pour sauvegarder le patrimoine commun de l'humanité, un patrimoine que pourtant nous pillons allègrement pour servir le seul roi qui compte : l'argent.

L'histoire qui nous est contée pourrait bien être inspirée par la propre existence de l'auteur, une histoire qui est découpé en trois parties distinctes.

Dans la première partie nous embarquons à bord du récit avec un homme qui, justement, attend lui-même d'embarquer à bord d'un avion devant l'emmener au Chili, pays de son enfance. Dans la salle d'embarquement cet homme, le narrateur, repense à cette époque lointaine, une époque marquée par la lecture des livres offerts par son oncle « l'oncle Pepe ». Il repense surtout à « Moby Dick » d'Herman Melville, un roman qui l'influença durablement. Devenu adolescent, le narrateur décida de profiter de ses vacances d'été pour partir pour le sud du Chili, en direction de la terre de feu où il espérait trouver un engagement sur un navire baleinier. Son périple commença sur un caboteur transportant des marchandises de port en port entre Puerto Montt et Punta Arenas. Là-bas, de l'autre côté du détroit, dans une taverne de Puerto Nuevo, l'adolescent rencontra le capitaine d'un navire, un certain « Don Antonio Garaicochea », alias le basque,  à qui il raconta les aventures de Moby Dick. Touché par le récit du jeune garçon, le capitaine lui proposa de l'embarquer sur son petit bateau, « l'Evangéliste ». Au bout du bout du monde, dans la baie de Cook, ils chasseront un cachalot ainsi qu'il le décrit : « Don Pancho l'a harponné et l'animal a rapidement emporté les cent mètres de corde. Arrivé au bout du rouleau, le coup d'arrêt de la bête en fuite a provoqué un choc qui a fait trembler le bateau. Cela s'est répété plusieurs fois. Le cachalot tentait de fuir en essayant différentes directions et les chocs se sont affaiblis. » Cette chasse connaîtra son épilogue avec la mise à mort de l'animal orchestrée depuis un petit canot mis à la mer pour cette manœuvre périlleuse comme le relate le narrateur : « Je les ai vus ramer rapidement en direction de l'animal. Le basque debout tenait dans sa main le harpon à tuer. Ils ont ramé pour venir se ranger le long de la bête et, à ce moment-là, le basque a planté le harpon dans la peau sombre. » L'adolescent avait vu de ses yeux ce qu'Herman Melville avait romancé dans « Moby Dick ». Il avait ainsi réalisé que la traque des animaux était rude, sans pitié : « Le lendemain matin, deux canots ont remorqué l'animal jusqu'à la plage et là les Chilotes l'ont ouvert avec des couteaux semblables à des cravaches de jockey. Le sang inondait les galets et les coquillages en formant des ruisseaux qui rougissaient l'eau. Les cinq hommes avaient mis des cirés noirs et ils étaient ensanglantés des pieds à la tête. » Confronté à cette réalité sanglante il comprend que là n'est pas sa vocation, en témoigne la conversation qu'il a avec le basque une fois débarqué :

-     « Dites donc. Le voyage vous a plu ?

-     Oui, le voyage, le bateau m'ont plu.... Mais je crois que je ne serai pas baleinier.

Je voulais ajouter quelque chose mais le basque m'a pris par le bras et son regard était plein de tendresse.

-     Vous savez mon petit ami, ça me fait plaisir que la chasse ne vous ait pas plu. Il y a de moins en moins de baleines. On est peut-être les derniers baleiniers dans ces eaux et c'est bien comme ça. L'heure est venue de les laisser en paix. Mon arrière-grand-père, mon grand-père, mon père, tous ils ont été baleiniers. Si j'avais un fils comme vous, je lui conseillerais de prendre un autre cap. »

C'est sur ce dernier souvenir que prend fin la première partie du roman, lorsque le narrateur est tiré de sa rêverie par une hôtesse qui lui demande sa carte d'embarquement.

Une fois le décor planté, la seconde et la troisième partie du roman constituent le cœur de l'histoire. Nous retrouvons le narrateur dans l'avion où il nous explique le but de son voyage au Chili, pays qu'il n'a pas revu depuis de très longues années. A ce stade du récit on ne peut s'empêcher d'opérer un rapprochement entre l'existence du narrateur et celle de Luis Sepúlveda lui-même. Le narrateur est devenu un journaliste qui a monté une agence d'information alternative qui, ainsi qu'il l'explique « est axée fondamentalement sur les problèmes qui portent préjudice à l'environnement écologique, et de répondre aux mensonges employés par les nations riches pour justifier le pillage des pays pauvres. »

Un matin de juin le télécopieur de l'agence se met en marche et délivre le message suivant :

« Puerto Montt. 15 juin 1988. 17h45. Le bateau usine Nishin Maru battant pavillon japonais vient d'arriver dans ce port austral avec l'aide de remorqueurs de la marine chilienne. Le capitaine Toshiro Tanifuji a déclaré la perte de dix-huit hommes d'équipage dans les eaux de Magellan.

Des hommes, dont le nombre n'a pas été précisé sont soignés à l'hôpital de la marine.

Les autorités chiliennes ont décrété la censure sur toute information touchant cette affaire. Alerter d'urgence les organisations écologiques. Fin. »

Ce message a été envoyé par Sarita Diaz, une jeune chilienne faisant office de correspondante sur place. Le journaliste entreprend aussitôt de trouver des explications notamment avec l'aide des bureaux de Green Peace à Hambourg. Il découvre rapidement que le bateau dont il est question dans le message reçu est sensé avoir été désarmé, mis à la casse. Pour tirer cette énigme au clair une seule solution : aller enquêter sur place.

Là bas l'attendra un ancien marin, le capitaine Nilssen, fils d'un marin danois et d'une Indienne, qui est lui aussi un ardent défenseur de la cause écologique. Le capitaine Nilssen l'aidera à découvrir la sordide réalité qui se cache derrière ce fait divers. Cette réalité est celle d'une chasse à la baleine à grande échelle, sous couvert de pseudos recherches scientifiques des japonais qui, nous le savons depuis, ont tout mis en œuvre pour tenter de contourner les accords internationaux en vigueur.

Heureusement, et c'est la morale de l'histoire, la nature est toujours plus forte que l'homme, la nature grandiose et émouvante que décrit Luis Sepúlveda se vengera des affronts qui lui sont faits. Comment cela est-il possible ? C'est ce que je vous propose de découvrir en lisant « Le Monde du bout du monde ».

Ce roman, pour être totalement apprécié, doit être accompagné d'une carte du sud Chili pour suivre les pérégrinations du narrateur. En effet, et ce sera là mon seul bémol, la carte fournie au début du roman, par ailleurs illustrés de dessins forts et poignants, n'est pas assez précise.

Mais ne boudons pas notre plaisir et remercions Luis Sepúlveda pour son engagement sans faille à la sauvegarde de notre planète.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article