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Le lundi matin la foule des travailleurs, moi y compris, est totalement ravie de reprendre le chemin du travail. Ça se comprend aisément. Deux jours à ne « rien faire » c’est au moins un de trop pour un travailleur socialement responsable (au sens élyséen). D’ailleurs, les « 35 heures » devraient être abrogées, en ajoutant un volet sur les congés payés, bien trop nombreux eux aussi. La situation cible :
― 2 semaines de congés payés (qu’on pourrait éventuellement abandonner gratuitement pour les profits de son patron bien aimé)
― 60 heures de travail hebdomadaire (6 jours à 10 heures)
― sans oublier la mesure phare : 50 ans de vie active pour prétendre à la retraite qui, de facto, ne pourrait intervenir avant l’âge de 66 ans.
En combinant les bienfaits de ces mesures, on pourrait alors décemment espérer que l’espérance de vie recule de 5 ans en une décennie à peine, histoire de ne pas ressasser trop longtemps une retraite passée à attendre la grande faucheuse avec 30% de votre dernier salaire, soit 500 € au mieux pour 50% d’entre nous.
Tout ça pour dire que ce matin, nous dansions tous sur le quai de la gare, guillerets devant un futur si radieux, un avenir doré. Et oui, nous n’oublions pas que si le futur s’était accompli selon les augures des gourous allumés des années 1970 nous aurions pu vivre une cité de cristal, mort programmée à 30 piges, ou, pour certains d’entre nous, serions en dérive sur la base lunaire de cosmos 1999. Nous dansions donc. Un train supprimé. Normal : le lundi matin les cheminots ont le droit car ils ont bossé le WE, eux. C’est après que cela s’est corsé. Hagard (du nord of course) une ligne de RER en grève. Une sur deux, c’est encore correct (pour ceux qui sont arrivés là bien entendu). Mais pas de bol, un autre illuminé a négligemment oublié un colis piégé : « en raison du colis piégé nous invitons les voyageurs à s’éloigner de la bordure du quai ». Tu m’étonnes ! On s’est tous cassé illico mais pas presto par ce que 5000 personnes pour la ligne 4 du métro ça faisait un peu beaucoup. Tellement beaucoup que le machiniste, après 15 minutes de piétinement pour monter dans une voiture, refusait de démarrer si les candidats au voyage restaient trop près de la voie. « Arrêtez de pousser derrière sinon il va y avoir de la viande collée aux vitres extérieures du métro ! »
Ouf, après 20 minutes d’une route chaotique, bercée par le flux et le reflux des travailleurs zélés (mais malheureusement pas ailés) enfin arriva la ligne 1, moderne, quasi automatique (le chauffeur peut pioncer dans les sombres boyaux de la cité de lumière), cette géniale ligne 1 qui allait nous acheminer sans encombre vers le nirvana (le bureau), l’accomplissement espéré d’un lundi ensoleillé. Sauf que là, il y avait un con qui était malade à Nation. Malade dès le lundi matin (sale feignant !), un con qui nous empêchait d’être l’employé modèle, le héros qui travaille plus pour gagner plus (mais moins que l’augmentation du coût de la vie).
Alors ce soir c’est décidé, je fais nocturne ! Je travaillerai jusqu’à point d’heure, pour que mon boss en ait pour son argent, histoire de vraiment bien commencer la semaine.
Je rentrerai à la maison fourbu mais le sentiment du devoir accompli. Je rentrerai à la maison par le dernier train, hagard (toujours du nord) sauf si bien sûr le chauffeur est déjà parti se coucher, ce qui serait normal (syndicalement parlant) car sa journée de travail se terminerait le lendemain (une hérésie même à la Société Nihiliste des Capitalistes Forcenés).
Pas grave. Je serai déjà sur place pour prendre le premier métro du mardi qui, lui, sera à l’heure. Enfin j’espère…