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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 18:56

Quand le soleil à l’horizon

Aura brûlé ses derniers feux,

Quand les esquisses de zéphyr

Ne caresseront plus ma peau.

 

Quand les parfums des fleurs sauvages

N’étourdiront plus ma narine,

Quand le rideau sera tombé

Sur le spectacle de ma vie.

 

Et quand mes larmes auront séché

En stalactites perçant mon cœur,

Alors je ne serai rien d’autre



Qu’un souvenir à effacer.

Allumez donc des feux de joie

Pour fêter ma disparition. 

 

 

 

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Published by Eric Van Hamme - dans Ce que j'écris.
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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 17:24

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/Images_Produits/FR/fnac.com/Visual_Principal_340/5/2/0/9782265097025.jpg

Quelques jours avant le salon des auteurs « Val et forêt » je reçois à domicile des invitations ainsi qu’un dépliant de présentation des auteurs. Classement lexical. Je suis le dernier de la liste, le dernier des auteurs, au propre comme au figuré. À ma place si on considère bien les choses. Mais mon on regard est bien vite attiré par une autre photographie que la mienne, format élargi, celle de l’invité d’honneur du salon un certain « Gilles Legardinier ». Je fixe son visage, plutôt avenant, et répète mentalement son nom. En pure perte. Aucun souvenir, aucun indice. Vertige de la mémoire.

Samedi 13 octobre, jour du salon, dont j’ai déjà vanté la belle organisation, je retire mon badge auprès des hôtesses d’accueil avant de me diriger vers le premier étage où se déroule la manifestation. En haut de l’imposant escalier, la première personne que j’aperçois est Gilles Legardinier, déjà bien entouré, organisateurs ou fans dans les starting-blocks, je l’ignore. Il tourne insensiblement la tête. Je le salue et il me répond aimablement.

Quelques minutes plus tard, lorsque le salon ouvre officiellement ses portes, la pluie et le vent s’entendent comme des larrons en foire. Déluge apocalyptique. La salle de spectacle où nous sommes installés me fait penser à un énorme coquillage où, en collant son oreille, on entendrait la tempête gronder. Pas un temps à mettre dehors le plus courageux des lecteurs, sauf s’il est fan de Gilles Legardinier qui, seul contre tous, commence déjà à dédicacer ses premiers ouvrages tandis que je déprime au premier rang, face au stand de la librairie assurant la vente des livres. Sur l’immense étal je repère à grand peine quelques exemplaires de mes deux derniers opus, fragile et ridicule édifice comparativement aux multiples buildings de l’empire Legardinier. Encore un vertige. Tout au long de la matinée, Gilles passe régulièrement devant moi, la démarche féline, pour prendre des piles de son ouvrage à paraître « Complètement cramé » qu’il s’apprête à dédicacer.

En début d’après-midi, alors qu’aucun visiteur ne m’a encore adressé la parole, si ce n’est pour savoir où se trouvaient les toilettes, la file d’attente des fans de Gilles prend des proportions irréelles. Parmi eux, des femmes en grande majorité. Un serpent secoué de spasmes se déploie jusque devant la table où j’égrène mon ennui. Ces femmes parlent toutes de lui. Je tends l’oreille (et même les deux pour être honnête) afin de savoir ce qu’elles peuvent bien dire de lui. Les commentaires sont toujours élogieux, parfois même dithyrambiques. Parmi ce concert de louanges quelques mots ou expressions reviennent régulièrement, tels des leitmotivs, presque des signatures « beaucoup d’humanité », « très drôle », « décalé », « une grande sensibilité », « un pur bonheur ». Ouah ! Je n’en perds plus une miette, apprenant ainsi que certaines de ses lectrices n’ont pas hésité à réaliser de longs déplacements rien que pour lui, afin d’obtenir le précieux sésame, un exemplaire dédicacé de sa main avant la sortie officielle en librairie. Je suis impressionné et, puisque nous sommes entre nous, je peux bien vous l’avouer, presque un tantinet envieux. C’est très mal, je sais. Mais que voulez-vous, le talent ne s’apprend pas. Je me dis alors qu’il faut absolument que j’aille rencontrer cet homme pour en savoir un peu plus, percer le mystère Legardinier.

Lorsque le salon s’achève quelques heures plus tard, Gilles contente encore les derniers fans, ceux pour qui il a fallu rapporter un second stock de livres, l’imposant building du matin ayant été dévoré par une armée de papivores. Gilles a les traits tirés, la mine épuisée même s’il trouve encore la force de sourire. Je décide d’ajourner notre rencontre.

Quelques jours plus tard, je lui expédie un mail auquel il répond diligemment et toujours aussi aimablement. À son retour du salon de Brive-la-Gaillarde, nous sommes convenus de nous retrouver. La rencontre est brève, à peine quelques minutes dans son emploi du temps saturé, succès oblige. Gilles m’offre un exemplaire dédicacé. Grand seigneur, il me traite comme son égal, moi le plumitif du dimanche, le scribouillard épais. Alors que j’en suis au tiers d’un volumineux ouvrage de poche, j’éprouve soudain le besoin de faire une pause.

J’abandonne temporairement le moyen âge pour découvrir l’univers d’Andrew Blake, un chef d’entreprise anglais qui se désespère. Veuf depuis 7 longues années, séparé de sa fille unique partie à l’étranger où elle a suivi son mari, Andrew Blake survit plus qu’il ne vit, quasi mécaniquement, par la force de l’habitude, parce que son cœur meurtri continue à battre tel un métronome exaspérant. Andrew, jadis considéré, et à juste titre, comme un farceur invétéré, surtout lorsqu’il faisait la paire avec son ami Richard Ward, a sombré dans une mélancolie quasi morbide, un spleen que rien ne semble pouvoir chasser.

Un soir, alors que la grande majorité de ses employés a déjà quitté l’entreprise, Andrew Blake, se dirige vers le bureau de son assistante :

« Il ne fermait la porte de son bureau que lorsqu’il téléphonait à son vieil ami et complice, Richard Ward. Alors elle l’entendait parfois rire. Cela ne lui arrivait pas autrement.

Andrew Blake s’avança :

 -  Heather, je vais m’absenter quelques temps.

-  Un problème de santé ? s’inquiéta-t-elle aussitôt.

-  Il peut y avoir d’autres raisons de partir, même pour un vieux.

Il s’installa sur la chaise face au bureau de son assistante.

-  Je ne peux pas vous en dire plus pour le moment, mais je vous demande de me faire confiance.

Il posa l’enveloppe devant elle.

-  Heather, vous travaillez pour moi depuis trois ans et je vous ai observée. Vous êtes une jeune femme sérieuse, humaine. J’ai confiance en vous. J’ai beaucoup réfléchi avant de prendre ma décision. Cette société représente énormément pour moi.

-  Pourquoi me dites-vous cela ? Vous me faites peur. Etes-vous certain que tout va bien ?

-  Heather, vous avez l’âge d’être ma fille et je sais ce que vous attendez de la vie. Vous vous demandez quelle orientation vous allez lui donner. Vous voulez évoluer. C’est bien normal, vous êtes à l’âge des choix. Je vois bien que votre journal est souvent ouvert à la page des petites annonces… Pour ma part, j’en suis à me demander ce que je vais laisser derrière moi. Alors voilà : puisque je vais disparaître quelques temps, j’ai demandé à mon avocat de préparer des documents qui vous donnent tous les pouvoirs. »

 

Le lendemain, Andrew Blake a donné rendez-vous à son vieux complice Richard Ward. Destination le Browning, un restaurant de Saint-James où ils ont l’habitude de déjeuner ensemble tous les 15 jours. Cependant, Andrew a anticipé sur le calendrier. Après quelques échanges courtois teintés d’un humour « so british », Andrew Blake en vient au fait :

« Blake releva soudain les yeux et fixa son ami.

-  Richard, j’ai pris ma décision.

Ward prit le temps de digérer l’information.

-  Tu en as parlé à Sarah ?

-  Ma fille vit à 10 000 kilomètres, et le seul homme qui compte désormais pour elle, c’est son ingénieur de mari. Logique. Elle se moque de tout ce qui m’arrive …/…

Il regarda à nouveau son complice, mais avec une inquiétude perceptible.

-  As-tu réussi à te débrouiller pour ce que je t’ai demandé ?

Ward répondit en haussant volontairement la voix :

-  Te refaire le visage et le corps pour que tu ressembles à Marylin ne va pas être évident. Même avec des implants mammaires, tu risques quand même d’avoir l’allure de sa statue de cire après l’incendie…

Dans la salle, quelques messieurs tournèrent la tête vers eux.

-  Richard, insista Blake, je suis sérieux.

- Je sais. C’est bien ce qui me désole. Evidemment que j’ai trouvé. Mais je ne suis pas convaincu que ce soit une bonne idée. Prendre tes distances vis-à-vis du travail, pourquoi pas, mais retourner en France…

-  J’en ai envie. C’est même la seule chose qui me tente encore un peu.

Soit, mais tu pourrais t’y prendre autrement. Tu devrais réfléchir.

-  Tu es le deuxième à me conseiller de réfléchir depuis hier. Vous allez finir par me faire croire que je deviens sénile.

-  Va passer la fin de l’été chez Sarah, elle est très bien installée. Elle a une chambre d’amis.

-  Je ne suis pas un ami.

-  Andrew, comment te dire… Retourner en France…

Richard hésita encore avant de se lancer.

-  Pardonne-moi d’être franc, mais revenir vers tes souvenirs ne ressuscitera pas Diane.

-  Alors pourquoi ?

- Ici je ne me sens plus à ma place. Je me demande même pourquoi je vais au travail. Je ne fais que ressasser, regretter. J’en suis arrivé à un tel point que tous les soirs, en me couchant, je me demande pourquoi j’existe encore. » 

 

C’est ainsi qu’Andrew Blake part pour la France où il rejoint le domaine de Beauvillier, manoir planté au milieu d’un parc gigantesque alternant forêts et clairières. Andrew n’est pas là pour la bagatelle, mais bien pour travailler, tenter un nouveau départ, dans un endroit perdu pour essayer de retrouver l’homme qu’il était. Personne ne sait qui il est, et c’est précisément ce qu’il recherche.

Andrew va rencontrer, par ordre d’apparition Odile, la cuisinière au caractère soupe-au-lait, Nathalie Beauvillier, alias Madame, son nouvel employeur, Méphisto le chat angora d’Odile, Philippe Magnier, l’atypique régisseur du domaine et enfin Manon, la jeune et jolie femme de chambre.

Dès le lendemain de son arrivée, Andrew prend son service, en endossant un nouveau costume. Ce costume il l’a voulu, il l’a choisi, délibérément, sachant parfaitement que les conventions sociales sont telles que non seulement l’habit fait le moine mais qu’en plus il régit les rapports entre les hommes.

Et de fait, Andrew va rapidement plonger dans la vie du manoir et de ses habitants, découvrir peu à peu les joies, et les peines de chacun, leurs histoires singulières, leurs petits et leurs grands secrets et les non-dits. Comme lui, nous nous fondons dans un décor où les évènements s’enchaînent dans un tourbillon qui nous emporte comme la vie qu’Andrew avait laissée sur le côté de la route.

En lisant ce magnifique ouvrage, j’ai eu l’impression que Gilles Legardinier avait réussi l’impossible pari de fusionner, mais dans un style qui n’appartient qu’à lui, tout en justesse, en simplicité et en authenticité, la peinture sociale d’un Strindberg et une galerie de personnages d’Anna Gavalda, l’humour et la dérision en plus qui, parfois, peuvent s’avérer des alliés précieux pour aborder les questions les plus sérieuses, les sujets les plus intimes, tout ce est qui censé forger notre spécificité : l’humanité. Et de l’humanité, Gilles Legardinier nous en offre à chaque page, par petites touches savamment distillées, un pointillisme si fin qu’on l’oublie.

Alors oui, mesdames les admiratrices de Gilles Legardinier, je comprends maintenant pourquoi vous teniez coûte que coûte à braver les éléments pour rencontrer l’auteur de cette histoire touchante, tellement crédible, tellement évidente tant elle est maîtrisée.

Au dehors, aujourd’hui encore, le temps et gris, le ciel granitique. Si vous voulez vous échapper de cette morosité, du spleen d’une fin du monde avortée alors offrez-vous donc, ainsi qu'à ceux que vous aimez, « Complètement cramé »…  ils vous remercieront pour ce cadeau du ciel, cette magnifique embellie.

Gilles Legardinier m’a tout simplement scotché. Bravo Gilles, et merci à toi, tu comptes désormais un fan de plus.

 

 

 

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 23:07

Si vous avez survécu à la fin du monde c’est que vous n’étiez pas con… damné. Alors, si vous voulez succomber à la tornade médiatique de ma voix de stentor ne reste plus qu'à écouter ma chronique sur le formidable roman de Gilles Legardinier « Complètement cramé » (avec, j’espère, une pause musicale sympatoche au milieu pour vous remettre de vos émotions).

Rendez-vous sur les ondes d’IDFM vers 17heures sur 98FM pour ceux du bassin pollué, et sur la toile pour les autres, c'est-à-dire juste en cliquant là :

link

 

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 23:49

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/Images_Produits/FR/fnac.com/Visual_Principal_340/5/2/0/9782265097025.jpg

 

 

Usé jusqu’à la moelle ? Le moral dans les chaussettes ? Chamboulé par une météo cyclothymique ? Peur des prédictions apocalyptiques de Maya l’abeille ?

En mot, un sentiment de loose totale, de déprime incrustée jusque sous vos ongles des doigts de pieds ?  

Une seule solution. Faites comme moi, lisez et offrez « Complètement cramé » de Gilles Legardinier. Laissez-vous porter par ces valeurs fondamentales qui sont censées faire de nous des êtres vivants distincts des animaux. Pas de grande leçon sur le sens de la vie, ni de gnangnan à la gomme qui reste coincé dans les interstices scabreux de votre cavité buccale (bon, ok, je balance mais anonymement). Non, ici c’est la vie simple qui s’exprime avec une bonne dose d’humour, et des réflexions fondamentales exprimées avec une simplicité désarmante. C’est du talent à l’état pur, du bonheur imprimé en caractères majeurs.

Nous vivons dans un monde où la mauvaise nouvelle, de préférence glauque jusqu’à l’écœurement, envahit tout l’espace. Ne regardez plus le journal TV (perso je rentre bien trop tard pour ça), cette fange avec laquelle on vous tartine le cerveau en couches épaisses.

Changez tout ! Lisez « Complètement cramé » et un vent d’optimisme vous gonflera les voiles.

Bon Noël pour ceux que cela intéresse. Et portez-vous bien ! 

 

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 22:39

À la fin de la fin

Quand j’aurai disparu

Que mes pires contempteurs  

Ne pourront se venger.

 

À l’aube des ténèbres

Quand tout sera fini

Que mes yeux seront vides

Ne pourront plus pleurer.

 

Aux frontières des étoiles

Quand la terre engloutie

Ne sera plus qu’un point

 

Scintillant dans l’obscur

Seules les muses danseront

Sur mon âme apeurée.

 

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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 22:46

La femme est une panthère pour la femme.

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 07:16

Un de mes (rares) principes de vie est : dire ce que je fais, puis faire ce que je dis.

Me voilà pris en faute et, franchement, je n’aime pas promettre sans tenir. L’histoire remonte à plusieurs mois et, si cela n’a gêné personne, à juste titre, cela me pose un problème avec moi-même.

Je vais réparer l’oubli que tout le monde a oublié…

Pour la beauté du geste, si, si, un phoque s’essayant au patinage artistique peut déployer une grâce certaine, pour ne pas dire une certaine grâce (je réitère dans l’autre sens pour ceux qui n’auraient pas compris la finesse – toujours elle – de mon premier propos). L’image vous fout les jetons ? À moi aussi, à la différence près que l’image… ben c’est moi.

Après la « présentation de l’auteur » (je vous le concède, ça se la pète un peu), je vous fais donc le cadeau empoisonné de l’interview du « Fil d’Ariane » (part 1.). Comme ça, si vous n’êtes pas cent à activer le lien, vous aurez gagné le droit de ne plus m’entendre, d’arrêter le massacre.

Les plus vieux (qui à part moi ?) se souviendront du fameux (stop ou encore à la radio – grandes ondes -). Alors n'hésitez pas, votez pour le "STOP" !

 

 

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 18:07

Dans mon cœur je sens battre

Une terrible migraine

Martelant ma poitrine

De chocs lourds et brûlants.

 

Douleur insaisissable

Elle s’investit en moi

Par les flots de mon sang

Comme une épidémie.

 

Mon cœur devient l’enclume

De la rage en fusion

Façonnant tes revanches

 

Et tes rouges pulsions;

Énergie destructrice

Ordonnançant ma vie.

 

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 09:38

Vous croyez avoir déjà vécu votre pire cauchemar ? Vous être battu contre des monstres immondes (auprès desquels alien ferait figure d’Apollon de l’espace), sauté d’un avion en ayant remplacé votre parachute par une simple paire de bretelles, condamné sur une île déserte avec vend… votre belle-mère (aye) ben non, il y a pire, cliquer sur le lien suivant. Je n’en dis pas davantage parce qu’il faut que je descende dans mon abri antiatomique, non géo localisé sur Google Earth pour que vous ne puissiez pas me trouver ;->


 

 

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 18:02

 

Couverture Noir sur blanc

 

Samedi 13 octobre 2012. Salon des auteurs Val-et-forêt. Première édition et excellente organisation. Notre communauté de communes s’est donné les moyens de son ambition. Accueil charmant, café, sourire, badge d’auteur, programme, plan du salon. Discours des élus, remerciements des chevilles ouvrières du projet, des sponsors… tout irait pour le mieux si, au dehors, la pluie ne tombait pas aussi drue, dense, violente même avec les gifles des bourrasques de vent. L’impression de regarder, impuissant, le lavage automatique de sa voiture depuis l’habitacle. Un essorage en bonne et due forme. Qui supporterait ça, en pleine face, sans la protection de la carrosserie ? Pratiquement personne. Les rares et téméraires visiteurs sont presque tous des proches des auteurs. Message de sympathie « Mais oui, tu vas voir, ça va bien se passer ». Les organisateurs considèrent l’extérieur avec une angoisse palpable cent mètres à la ronde. Ennui ; spleen. Je me lance dans l’écriture d’un poème, un refuge évident. Patatras. Rien ne vient. Le rimailleur dans toute sa splendeur, presque une parodie. Je jette un coup d’œil à gauche, vers ma voisine. Elle s’appelle Ketty Steward, porte un original couvre-chef, dégage un je-ne-sais-quoi qui attire l’attention. Ketty Steward. Je répète mentalement son nom. Nous avons échangé quelques mots en nous installant tout à l’heure mais je  n’ai pas remarqué la plus petite pointe d’accent anglo-saxon. Ketty Steward. Un pseudo non ? Posé devant elle un ouvrage en exergue, paru, si j’ai bien compris, quelques jours auparavant. Je lui demande : « Puis-je jeter un coup d’œil ? », « Bien entendu » répond-elle en me le tendant aussitôt. Par réflexe, direction la quatrième de couverture. Pas un mot sur l’auteur, ni la moindre photo. Quelques lignes égarées au milieu d’un océan gris. Pas très vendeur me dis-je. Je lis mentalement le texte : « On affirme que les différences ethniques n’existent pas du point de vue des enfants. Ils naîtraient vierges de préjugés. Tout leur serait « autre » et ils découvriraient, avec une curiosité angélique, le monde que nous voulons bien leur offrir. Je refuse de croire qu’ils ne voient pas les couleurs de peau. »

Noir. Le sujet est éminemment dramatique. Mais il est surtout révoltant, la négation même de ce qui est supposé faire de nous ce que nous sommes : l’humanité. Ainsi donc, me dis-je alors,  le livre de Ketty serait une énième variation sur le thème de la carnation. J’ai déjà lu des poèmes de Léopold Sédar Senghor et d’Aimé Césaire, des romans de Patrick Chamoiseau ou bien ceux de Gaston Kelman. Je me dis cependant qu’il pourrait être intéressant de connaître le point de vue d’une femme qui a vécu cela « de l’intérieur ». J’ai tant à apprendre, loin de ce que certains livres d’histoire partisans ont tenté de nous graver dans la tête. Direction le premier chapitre. « Noire » ; c’est ainsi qu’il s’intitule. En face, une photographie en « noir et blanc » attire le regard. On dirait un gros plan d’une peau « noire ». Je retourne au texte en vis-à-vis. Les premières phrases sont celles de la quatrième de couverture. Je pousse un peu plus loin pour reprendre la lecture là où elle s’était arrêtée :

« Je repense parfois à cette histoire que l’on m’a rapportée. Celle d’un enfant à la peau blanche qui fait remarquer à sa mère la « dame en chocolat » qui passe à côté d’eux. Combien d’autres, moins drôles, se sont demandés à voix haute si ces gens n’étaient pas sales ? Pour eux aussi la différence existe. Ce qui distingue en la matière les plus jeunes des adultes, c’est l’absence de ces barrières rigides qui nous rassurent en classant pour nous, d’un côté, l’aimable, de l’autre, l’inacceptable. Je garde un souvenir douloureux des circonstances qui m’ont fait découvrir ma carnation. Avant ce jour mémorable, la question m’importait peu. Non pas que mon innocence m’en ait préservée. C’est juste que, à mes yeux, la cause était entendue. Je crois que je n’avais jamais établi de lien explicite entre la pigmentation et le mot « Noir », te que je l’entendais prononcer. J’avais déjà mis en place mes propres ségrégations, mes lignes de démarcation bien nettes. D’un côté, il y avait les Noirs, de l’autre les « gens comme tout le monde ». Ces Noirs que j’opposais si facilement aux gens « normaux » étaient exclusivement des Africains. Et le mot « Africain » recouvrait une image entièrement façonnée par les médias : des gens maigres au ventre gonflé, les « petits enfants qui meurent de faim » que nous évoquions tous les jours dans notre version du Bénédicité, mais qui nous horrifiaient à l’heure du journal télévisé. Les Africains étaient aussi ces hommes et ces femmes primitifs, bariolés et scarifiés, dont le nez ou les lèvres étaient transpercés par des os gigantesques. Ou encore ces gens qu’on nous peignait cruels et illogiques, affamés, mais perpétuellement engagés dans d’irrationnelles guerres ethniques. Eux faisaient partie des « Noirs ».

Je stoppe là ma lecture. Tout cela est parfaitement écrit, mais je crois bien que je vais m’en tenir à cette entrée en matière. À côté de moi, Ketty discute aimablement avec un collègue venu pour l’occasion. J’en profite pour remettre le livre à sa place, en toute discrétion. Ce matin-là, je suis seul et je m’ennuie franchement, envoyant quelques texto pathétiques à ma famille et mes amis… Pas le moindre visiteur à qui parler de ma passion. Maudit temps de chien ! Désespoir insidieux.

Au-delà des dédicaces, la scène est protégée par un lourd rideau. Là, chaque auteur dispose de quelques minutes pour faire la lecture d’un texte choisi par lui et répondre aux éventuelles questions des spectateurs. Je n’ai encore rien décidé. Que choisir ? Un poème ou deux, le premier paragraphe d’un roman, l’introduction d’une nouvelle ? Je tourne la tête vers Ketty qui a terminé sa conversation. J’ai consulté le programme. Elle passera sur scène avant moi. Je l’interroge : « Tu sais ce que tu vas lire ? », « Oh oui » me répond-elle d’un ton assuré. Je dois faire une drôle de tête. Elle saisit son livre et me propose de m’en faire la lecture. Elle se rapproche de moi et me raconte :

« Lorsque nous partîmes nous installer chez ma grand-mère, je n’avais qu’une chose à moi. Une poule rousse. Elle restait le seul lien avec ma vie d’avant. Un cadeau d’une vieille femme à qui j’avais parfois tenu compagnie. J’étais fière de ma poule, et j’y étais attachée. Ma grand-mère me proposa, très aimablement, d’installer mon animal avec ses quelques poulets de Madagascar. J’acceptai sans méfiance. Ma Roussette me semblait infiniment plus belle que les volatiles au cou déplumé de mon aïeule. Je parlais constamment de ma poule et j’allais la visiter tous les jours dans sa cabane grillagée. Un jour que nous étions à table, avec des amis de ma grand-mère, invités pour une occasion plus ou moins solennelle, ma grand-mère se leva pour parler. Je me souviens qu’elle aimait recevoir, consciente de ses talents culinaires, réels si on oublie les soupes et les fritures. Elle n’attendait jamais les compliments, préférant les devancer, voire les susciter : « C’est bon hein ? » J’imaginais qu’elle s’apprêtait à prononcer un discours de cette teneur et c’est d’une oreille distraite que j’écoutai. Aurais-je pu deviner qu’elle me voulait du mal ? Certainement, si seulement j’avais été moins naïve. Elle se racla la gorge avant d’annoncer : « Le plat qui suit est du poulet. Plus exactement, la petite poule rousse ! » Coup de poignard ! Je réussis à lever la tête. Non. Ce n’était pas une blague. Ou plutôt si. Une bonne blague à son goût. Tout en me fixant d’un air mauvais, elle éclata d’un rire sonore, sous le regard impassible de mes frères et de ma mère et les murmures d’incompréhension de ses invités. »

Ketty s’interrompt je suis estomaqué, atterré. Et dire que Ketty m’a lu ce passage si violent d’une voix calme, suave et posée, pleine de douceur. Je lui demande, incrédule « C’est vrai cette histoire ? »  Ce à quoi elle me répond, sans se départir un instant de sa tessiture chaude et soyeuse, « Oh, j’ai vécu bien pire que ça. »  Elle parvient même à me sourire. Je culpabilise d’avoir eu un jugement aussi hâtif, d’autant plus partial qu’elle vient aussi de me révéler que Ketty Steward est bel et bien son nom et pas un pseudo. Rarement je me suis senti aussi stupide, victime de ces préjugés que je dénonce invariablement. Ketty me propose de lire son récit. J’accepte immédiatement. Quelques jours plus tard, je reçois un paquet des éditions Henry. Alors que je suis en train de lire la passionnante biographie de Steve Jobs, je décide d’ouvrir une parenthèse qui, je ne le sais pas encore, ne se refermera que 193 pages plus tard.

Non, définitivement, ce livre est tout sauf une énième variation sur le thème de la carnation. Il y est certes question de noir, de blanc, de noir et de blanc mais l’objet est ici éminemment plus complexe, hors de tout manichéisme à la petite semaine. Ketty Steward joue carte sur table, expose toutes les pièces sur l’échiquier, chaque protagoniste de son enfance et de son adolescence, révèle au fil des pages toutes ses blessures, ses failles et ses béances mais sans jamais tomber dans la facilité du pathos, sans s’aventurer sur le terrain de l’émotion sciemment provoquée. Non. Ici tout est vrai, présenté sans fard, sans distorsion de la réalité. Il faut voir sans conteste dans le récit de Ketty une ébauche de psychanalyse, où la parole prononcée ne n’est pas confinée au dans le cabinet d’un thérapeute, mais est volontairement couchée sur le papier « noir sur blanc ». À travers ses souvenirs Ketty dévoile davantage qu’elle ne montre, suggère avec pudeur, évite au lecteur de se transformer en voyeur. Et c’est tant mieux. Son écriture est la parfaite transcription de sa voix, sans la moindre intrusion des violences physiques et morales qu’elle a subies. Les traumatismes sont certes là, toujours présents, mais Ketty a su trouver dans la lecture, l’écriture et plus largement dans toutes les autres disciplines des champs d’exploration pour l’emmener loin de cette ascendance qui lui fut si néfaste. Ketty Steward possède un indiscutable talent de narratrice mais est avant tout une magnifique personne que j’ai commencé à découvrir par une pluvieuse journée d’automne.

Alors n’hésitez pas un seul instant, lisez son récit et, comme moi, vous en ressortirez transformé. Merci à toi Ketty.

 

 

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