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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 19:05

Bonsoir,

point de poème, pensée ou compte-rendu de lecture mais un coup de projecteur sur le projet de Vincent Cospérec qui va traverser la France en courant au mois d'août, de Strasbourg à Carnac. Pour quoi faire ?

Tout simplement pour venir en aide à l'association ELA qui lutte contre la leucodystrophie.

Votre soutien, quelle qu'en soit la forme, sera le bienvenu. Vous pouvez retrouver vincent sur son blog :

http://part-courir-la-france.blog4ever.com/

link

 

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Published by Eric Van Hamme
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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 17:56

http://www.seuil.com/images/couv/b/9782021117707.jpg

Lorsqu’un roman déclenche dès sa sortie une frénésie médiatique, a fortiori si l’auteur est un très jeune novice, j’adopte quasi systématiquement une attitude de circonspection. J’attends alors que la vague déferle plus loin, sur les hordes de lecteurs avides de sensationnel, sur les découvreurs de talent(s) – avec ou sans « s »  –.

Alors, forcément, en ce mois de janvier 2014, lorsque la petite rentrée littéraire consacre ex abrupto l’ouvrage d’Edouard Louis « En finir avec Eddy Bellegueule », lorsque les médias dans leur ensemble ont chanté en chœur les louanges pour ce roman, ma réserve habituelle s’est instantanément muée en prudence. Sans aucun doute une réminiscence de mon ancienne vie de marketeur. Je connais trop la musique pour me laisser berner.

Sauf que, quelques semaines plus tard Ghislaine, une collègue papivore, m’en dit à son tour le plus grand bien. Je lui fais part de ma réserve, une réserve qu’elle a tôt fait de balayer d’un revers de manche, en me disant en substance « lis d’abord, tu jugeras ensuite ». L’évidence même. Avisant sans aucun doute ma mine dubitative Ghislaine sort un coup gagnant en me proposant de me prêter l’exemplaire qu’elle s’est elle-même offert.

Histoire de ne pas perdre la face devant moi-même, de conserver un soupçon d’estime pour ma petite personne, j’ai freiné quelques semaines supplémentaires, le temps de déguster « L’embellie » le roman d’Audur Ava Olafsdottir présenté sur ces mêmes ondes le mois dernier.

Et puis, j’ai commencé ma lecture : « De mon enfance je n’ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n’ai éprouvé de sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n’entre pas dans son système, elle le fait disparaître. » Groggy par la force de ce premier paragraphe, j’ai posé le livre, avant de relire lentement une fois, puis deux, cette entrée en matière tellement puissante qu’elle ne pouvait, à l’évidence, n’être qu’un sentiment intime réellement éprouvé par l’auteur. J’ai ensuite continué : « Dans le couloir  sont apparus les deux garçons, le premier, grand, aux cheveux roux, et l’autre, petit, au dos voûté. Le grand aux cheveux roux a craché Prends ça dans ta gueule. Le crachat s’est écoulé lentement sur mon visage, jaune et épais, comme ces glaires sonores qui obstruent la gorge des personnes âgées ou des gens malades, à l’odeur forte et nauséabonde. Les rires aigus, stridents, des deux garçons Regarde il en a plein la gueule ce fils de pute. Il s’écoule de mon œil jusqu’à mes lèvres, jusqu’à entrer dans ma bouche. Je n’ose pas l’essuyer. Je pourrais le faire, il suffirait d’un revers de manche. Il suffirait d’une fraction de seconde, d’un geste minuscule pour que le crachat n’entre pas en contact avec mes lèvres, mais je ne le fais pas, de peur qu’ils se sentent offensés, de peur qu’ils s’énervent encore un peu plus. »

Il y a comme un aveu fondateur « il suffirait d’un revers de manche ». Seulement voilà, ce revers de manche, jamais Eddy ne le fera, victime expiatoire presque consentante, comme s’il s’était résigné à payer le prix. Mais le prix de quoi ? Le prix de sa différence, de ses différences avec les autres, tous les autres, ceux de son milieu, un village triste de Picardie, sinistré économiquement, désert culturel, presqu’une réminiscence de l’« Assommoir » ou de « La longue peine » : différence physique, différence sexuelle, différence d’intelligence, différence d’attitude, différence de vue… Tout ce qui le singularise, tout ce qui fait qu’on le traite comme une curiosité, presqu’un animal de foire qu’on aurait décidé de martyriser, de faire payer pour tout ce qu’il est et que tous les autres ne sont pas. Eddy Bellegueule, un nom en trompe-l’œil, pour celui qui a une sale gueule, celle de l’étranger qu’on vilipende à l’envi, qui à la gueule de l’autre, sur qui on rejette la faute, sur qui on crache, au propre comme au figuré, dans un mélange de racisme, de xénophobie et d’intolérance exacerbés. Celui dont tout le monde parle jusque dans la cour du collège de secteur : « C’est toi le pédé ? ». Celui qui se singularise « Pourquoi Eddy il se comporte comme une gonzesse. Ils m’enjoignaient : Calme-toi, tu peux pas arrêter avec tes grands gestes de folle. Ils pensaient que j’avais fait le choix d’être efféminé, comme une esthétique de moi-même que j’aurais poursuivie pour leur déplaire. »

En finir avec Eddy Bellegueule dérange assurément. Dans ce roman, qui flirte avec le récit sur lequel il s’appuie largement, Edouard Louis, alias Eddy, expurge toute la peine, la rage et le désespoir qui ont marqué son enfance et son adolescence. Une introspection, une psychanalyse couchée sur le papier, un besoin de dire et de partager ce qu’il a vécu dans cette Picardie si proche et si lointaine. Le style est simple, direct, sans fioriture, en parfaite adéquation avec la violence sournoise qui s’insinue insidieusement jusque dans le plus infime interligne du livre. Des aveux choc : « On ne s’habitue jamais à l’injure ». Et des injures, il en a plu sur Eddy, tombé comme une grêle froide et cinglante : « Pédale, pédé, tantouse, enculé, tarlouze, pédale douce, baltringue, tapette (tapette à mouches), fiotte, tafiole, tanche, folasse, grosse tante, tata, ou l’homosexuel, le gay. » Des répliques presque insoutenables « C’est ça qu’est le meilleur, c’est le sang quand il vient juste de sortir de la bête qui crève. » ou bien criantes de vérité « Le manque d’argent finissait toujours par se transformer en choix »

Difficile de dire si j’ai aimé ou détesté ce livre. Probablement un peu des deux. Ce qui fera qu’il laissera une empreinte durable dans ma mémoire, mais n’était-ce pas là le but recherché ?

 

 

 

 

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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 10:59

Que voulez-vous, je m'accroche à l'idée qu'il y aura bien quelqu'un qui, par désespoir sans doute, ou bien "sur un malentendu" comme disait l'autre, écoutera la radio ce samedi vers 17h20. Non, ben tant pis ! Vous lirez ensuite le papier sur le blog ? Non plus ! Ah oui, encore faudrait-il qu'il y ait un visiteur passablement éméché qui se perde au milieu de nulle part. 

Quoi qu'il en soit, je chroniquerai donc le roman d'Edouard Louis "En finir avec Eddy Bellegueule". Ayant (volontairement) laissé passer la meute, cette chronique sera certainement la 2 794ème sur ce bouquin. Mais bon, il faut aussi des suiveurs de suiveurs, ceux qui font du vélo derrière la voiture balai. Retournez-vous, ne partez pas, en regardant bien plus bas les premiers lacets de l'Alpe, peut-être me verrez-vous soufflant comme un bœuf... 

Pour les hertziens (idf) c'est sur 98.0 Fm

Pour les câblés et les fibrés c'est plutôt là : link

 

 

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 20:32

Aujourd’hui, le blog a 7 ans, et en ces temps troublés, qui sait si c’est tant mieux ou bien si c’est tant pis ou bien encore si c’est tentant…

Noces de laine, noces de l’aine, noces de l’Aisne, noces de lait-haine, N de l’amour, énième énigme…

Age de raison, H2 raison, de déraison, de dérision, âge du cidre (Corps n’aye)...

Toujours la même chienlit, les pieds carrés pour jouer au foot, les moufles pour les sports de mains (que je pratiquais hier), la coquecigrue (passée à 7), humour potache (de rousseur)… Lamentable.

Serait-ce mon épitaphe ? 


 

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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 07:19

 

Mes nuits sont blanches et aveuglantes  
Le sommeil apeuré    
Les ténèbres sur mon âme se répandent  
L’horizon désœuvré   
Les pensées par milliers se percutent  
Mon espoir fracassé  

 

 

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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 06:47

Chaque jour tu vivais

Dans l’angoisse du temps

Le présent qui passait

Le futur trop pressant.

 

Et pour mieux le cerner

Maîtriser sa rythmique

Tu t’étais entouré

De montres et chronomètres.

 

Leurs mesures précises

Aux rappels incessants

Te rendaient prisonnier

D’un carcan temporel.

 

Chaque geste de ta vie

Etait étalonné

Ne laissant plus de place

Au plus infime écart.

 

Lorsque tu crus enfin

Avoir déterminé

L’heure où tu périrais

La panique te gagna.

 

Tu n’aurais pas le temps

Dont tu avais besoin ;

Tu préféras mourir

Sans perdre un seul instant.

 

 

 

 

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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 18:05

J’ai tari les fontaines

Essoufflé chaque vent

Effacé les nuages

Et leurs pluies salutaires.

 

J’ai ratissé la terre

Détruit les nutriments

Aboli les cultures

Et chaque être vivant.

 

J’ai vaincu tous vos dieux

Brisé leurs talismans

Dénoué chaque promesse

Et les niais engagements.

 

J’ai éteint le soleil

Les rayons du levant

Englouti l’univers

Dans un gouffre béant.

 

Je ne sais rien faire d’autre

Destructeur et dément. 

 

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 08:21

Monica Lewinsky, bientôt les deux.

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3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 08:54

Vivre prend du temps. Mourir beaucoup moins.

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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 07:04

 

http://www.zulma.fr/datas/images/livres/hd/livre_hd_572040.jpg

Voici quelques années, je vous avais présenté avec enthousiasme « Rosa Candida », un roman d'Auður Ava Ólafsdóttir que je considère, aujourd’hui encore, comme l’un de mes préférés.

Lorsqu’une première lecture est à ce point exceptionnelle, on hésite forcément à passer à la suivante, préférant revenir encore et encore à ses premiers amours. Cet attachement particulier est renforcé par la rencontre de l’auteure en dédicace au salon du livre de Paris en 2011. En effet, après les politesses et compliments d’usage, elle me manifesta son plus vif intérêt lorsque je lui avouai que j’écrivais aussi, sans oublier pourtant de préciser mon dilettantisme en la matière. J’appris alors qu’elle avait séjourné à Paris durant une année lorsqu’elle était jeune étudiante. J’aurais voulu que la conversation dure encore mais, par respect par les autres lecteurs, je pris congés à grand regret.

C’est dans ce contexte particulier que j’ai attendu trois ans avant de me décider à replonger dans un autre de ses romans, « L’embellie » dont il est question aujourd’hui.

Au premier abord, cet ouvrage est aux antipodes du précédent. L’histoire débute par un flash-back où, dans un court chapitre zéro, la narratrice nous entraîne dans la description d’une photographie quelque peu déroutante : « Quand je regarde en arrière, sans vraiment respecter la chronologie, nous sommes là, serrés l’un contre l’autre, au milieu de la photo. Je le tiens par les épaules et il m’attrape quelque part, plus bas par la force des choses ; une mèche châtain foncé barre mon front très pâle ; il affiche un grand sourire et tiens quelque chose dans son poing tendu. Ses oreilles décollent un peu de sa grosse tête, ses prothèses auditives, curieusement démodées, ressemblent à des récepteurs pour ondes radio intersidérales. Et ses yeux démesurément agrandis par ses verres de lunettes lui donnent un look très spécial. »

Elle c’est une jeune femme de trente-trois ans, mariée sans enfant. Lui c’est Tumi un petit garçon de quatre ans, le fils d’Audur, sa meilleure amie. Que font-ils ensemble ? Ils font un bout de chemin tous les deux, au propre comme au figuré. La vie les a réunis. Elle vient de se faire brusquement plaquer par son mari qui attend un enfant avec une autre qu’elle, une collègue de bureau prénommée Nina-Lind. Quant à Tumi, elle en a la garde après que sa mère, Audur, à nouveau enceinte s’est cassée la figure devant chez elle sur le trottoir glacé qu’elle n’avait pas déneigé. Direction l’hôpital où les médecins ont décidé de la garder de peur qu’elle n’accouche trop tôt.

C’est tout cela que raconte la photo, et qu’elle nous relate : « Rien ne se présente comme à l’accoutumée, en cet ultime jour de novembre – un jour ténébreux sur l’île ; nous portons tous les deux un pull-over, le mien est blanc à col roulé, le sien est neuf, vert menthe, tricoté main, avec un motif à torsades et une capuche. La température est comparable à celle de Lisbonne le jour précédent, à ce que dit la radio, et l’on prévoit encore de la pluie et un réchauffement. C’est pourquoi une femme seule avec enfant ne devrait pas se trouver sans raison valable sur les routes, dans des zones sombres et inhabitées, et encore moins au voisinage de ponts à voie unique, des routes étant souvent inondées… Si l’on examine la photo de vraiment près, je ne serais pas étonnée que l’on distingue des plumes sur les pneus et même des tâches de sang sur les enjoliveurs, bien que trois semaines se soient écoulées depuis que mon mari est parti avec le matelas ergonomique du lit conjugal, le matériel de camping et dix cartons de livres – tel fut l’enchaînement. Mais gardons à l’esprit que les apparences sont parfois trompeuses et que contrairement à une photo, la réalité, elle, grouille de sens. »

Après cette rupture inattendue, elle décide de s’accorder une pause, de prendre la route circulaire de l’île avec Tumi, alors même qu’elle ne voulait pas d’enfant, ce qui a probablement causé le départ de son mari. Elle n’a pas de problème d’argent, vraiment pas, puisque la chance et la malchance se sont manifestées presque simultanément dans un curieux concours de circonstances mettant sans doute en échec les théories probabilistes.

Ce récit de voyage est celui d’un voyage intérieur, où la narratrice part à l’exploration d’elle-même, de sa relation aux autres, aux hommes, son rapport à la vie et surtout son rapport aux enfants, en l’occurrence un enfant : Tumi. Tumi va la révéler à elle-même, faire germer la parentalité dont elle se croyait dépourvue. De son côté, elle va permettre à Tumi de s’ouvrir et d’extérioriser son intelligence et sa sensibilité. Ensemble, ils vont communiquer ; et pour communiquer, il faut aller l’un vers l’autre. C’est exactement ce qu’ils vont faire, en toute franchise, sans préjugés, à nu.

Dit comme ça, on pourrait croire ce roman triste et ennuyeux comme cet automne islandais noyé par la pluie, où le jour s’efface inexorablement derrière la nuit. Il n’en est rien, bien au contraire. Les jours s’enchaînent avec leur lot de drôlerie, de tendresse. Les situations regorgent d’un humour décalé, presque britannique. En un rien de temps, on passe du sourire à l’émotion, touché par la grâce qu'Auður Ava Ólafsdóttir instille à chaque page, avec une maestria sans égal, celle qui faisait déjà de « Rosa Candida » un roman d’exception. La narratrice révèle ses failles en nous emmenant, à intervalles réguliers, sur les terres de son enfance, dans les traces de sa mémoire, là même où Tumi et elle ont posé leurs bagages dans ce village du bout du monde, tout à l’est de l’île où la route circulaire les a conduits depuis Reykjavik.

J’ai mis un mois entier pour lire ce roman, histoire de prolonger soir après soir une indicible exaltation, histoire de repousser encore et encore l’angoisse de la dernière page, celle qui m’étreint lorsque je suis prisonnier volontaire d’une œuvre magnifique. Si vous plongez dans ce livre, ce que je vous invite à faire, vous comprendrez à quoi je fais allusion. Auður Ava Ólafsdóttir saura vous désarçonner, croyez-moi.

Madame, vous ne lirez probablement jamais ces lignes, et écouterez encore moins cette chronique en direct. Mais je m’accroche à l’idée que les lois statistiques peuvent être mises en échec… Mille mercis.

 

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