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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 16:00
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Après un hiver polaire, voici que l’été suivant plonge la ville de Linköping dans une véritable fournaise. Une canicule comme on n’en a jamais vu en Suède. Après un énigmatique prologue, dont le lecteur saisira le sens au fil de l’intrigue, le roman de Mons Kallentoft s’ouvre précisément sur cet été hors norme qui pose une véritable chape de plomb sur tous les habitants de la cité, tous, y compris l’inspecteur Malin Fors qui a trouvé refuge dans l’atmosphère climatisée d’un pub où, à minuit passé, elle s’est réfugiée comme tant d’autres pour boire des bières. 
« Quand le vent tourne et souffle vers la ville, il apporte l’odeur du feu qui va si bien avec la chaleur étouffante qui enveloppe Linköping jour et nuit. Cet air brulant qui s’est posé sur la partie sud du pays. C’est l’été le plus chaud que la ville ait jamais connu.
Malin boit encore une gorgée de sa bière. Le goût amer et la fraîcheur de la boisson atténuent la chaleur qui règne toujours dans son corps.
Toute la ville est en nage. Pendant la journée, elle rayonne en sépia, vert clair et gris. Linköping est désert, seuls ceux qui sont obligés de travailler, qui n’ont pas assez d’argent pour partir ni d’autre solution de repli, sont restés en ville. La plupart des étudiants sont rentrés chez leurs parents. Les rues ressemblent à celles d’une ville fantôme. Seul un endroit est pris d’assaut : le glacier Bosse, un trou dans un mur de la Hospitalsgata où on vend des glaces maison. La queue devant Bosse est interminable, et c’est une énigme de savoir d’où sortent tous ces gens qu’on ne voit sinon nulle part dans les rues.
Il fait tellement chaud qu’on n’a pas envie de bouger.
Trente-huit degrés, trente-neuf, quarante, avant-hier ils ont mesuré un nouveau record pour la ville, quarante-trois degrés deux à la station de Malmstätt.
Chaleur record !
L’été du siècle. 
Ces gros titres du Östgöta Correspondenten, qu’on appelle généralement le Corren, dégagent une gaîté et une énergie qui ne correspondent pas au tempo de la ville hantée par la chaleur.
Les muscles protestent, la sueur coule, les hommes cherchent l’ombre, le froid. La ville et ses habitants sombrent. Une odeur poussiéreuse et enfumée empeste l’air, elle ne provient pas de la forêt mais de l’herbe qui se consume lentement, sans flamme. »
Le lendemain matin, de très bonne heure, après une courte nuit, Malin Fors se rend à la piscine pour se rafraichir le corps et l’esprit. Mais à peine a-t-elle nagé quelques longueurs qu’une autre baigneuse l’interpelle pour lui signaler que son téléphone portable vient de sonner. Malin sort immédiatement du bassin et rappelle son coéquipier Zeke qui a tenté de la joindre. Ce dernier l’enjoint de le rejoindre aussi vite que possible dans le parc du centre ville. L’alerte vient d’être donnée au standard du commissariat. 
Là-bas, on vient de découvrir une jeune fille nue qui semble avoir été sexuellement abusée. Il s’agit d’une adolescente d’une quinzaine d’année, murée dans un silence que rien ne paraît pouvoir briser. Qui est-elle ? Impossible de le savoir. Ses vêtements ont disparu. Ses papiers d’identité aussi. Rien. Aucun indice. 
Cependant, un détail troublant interpelle les policiers : la jeune fille est étonnement propre, comme si on l’avait nettoyée méticuleusement. Malin Fors remarque l’odeur caractéristique du chlore, la même que celle a respiré à la piscine quelques minutes auparavant.
Ainsi commence cette enquête singulière. Dès que le groupe de policiers se réunit au commissariat, tout s’accélère avec l’annonce de la disparition d’une autre jeune fille de quatorze ans. Etrange coïncidence…
Dans le second opus de sa tétralogie, Mons Kallentoft immerge avec brio le lecteur au cœur de cet été dont les températures défrayent la chronique. Ses descriptions sont d’une grande justesse, plongeant le lecteur dans la fournaise, celle du soleil, celle de la forêt qui brûle aux portes de la ville. Les enquêteurs piétinent, ne parviennent pas à trouver pas de piste sérieuse, écrasés par la chaleur, leur esprit au ralenti. Nous progressons dans l’intrigue à pas comptés. Nous partageons aussi les doutes et la solitude de Malin Fors, dont la fille, Tove, est partie en vacances à Bali avec Jan, son père et ex compagnon. Malin Fors s’angoisse, réalise que Tove a le même âge que ces pauvres filles. Elle aurait pu être l’une d’elles…
Mons Kallentoft plonge le lecteur dans un faux rythme, une lecture alanguie par la canicule, finissant presque par démoraliser le lecteur qui, à l’instar des policiers, se demande si l’enquête ne leur glisse pas entre les doigts… 
« Eté », à l’instar d’«hiver » qui l’a précédé, est un polar atypique mais terriblement passionnant. Mons Kallentoft s’inscrit pleinement dans la veine de ses illustres prédécesseurs du polar suédois, exposant à nu ses héros, ou plutôt ses antihéros. Il ne cherche jamais à cacher leurs failles, leurs béances. « Eté » est un livre à déguster avec une boisson rafraichissante. Bonne lecture.

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Published by Eric Van Hamme - dans Mes lectures
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