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9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 16:43

 

Ci-après le texte de la chronique radio de ce jour. Bonne lecture.

http://www.ed-lesolitaire.com/ind-galerie_fichiers/image007.jpg

 

 

Sans internet, je n’aurais probablement jamais rencontré Sandrine Virbel, alias Sandy qui, voici deux et demi a posté un premier commentaire sur mon blog. Je n’ai pas manqué de lui répondre, comme je le fais quasi systématiquement, et me suis aussitôt dirigé vers « l’antre de Sandy », son blog, pour découvrir son univers. En parcourant ses articles, j’ai immédiatement été séduit par son regard sur les choses, l’acuité de son point de vue, la pertinence de ses analyses. C’est ainsi que nous avons commencé une relation épistolaire où nous échangions sur un peu tous les sujets, selon nos humeurs et l’actualité. Fréquemment je venais me promener dans « l’antre de Sandy », notamment pour lire ses nouvelles. Eh oui, Sandrine écrivait, et rudement bien. Cependant, comme vous le savez, écrire est une chose, être publié une tout autre, quand bien même votre talent est éclatant. Le talent ? Sandrine en a revendre, et c’était un crève-cœur que de savoir qu’aucun éditeur ne lui ouvrait sa porte. Heureusement,  Sandrine a su forcer le destin, en participant au concours « Quatre lignes » organisé par les éditions « Le Solitaire ». La  collection « Quatre lignes »  poursuit l’objectif de mettre en exergue des « textes brefs et singuliers » dixit. L’édition du concours 2011 a été remporté haut la main par Sandrine avec sa nouvelle « Abattez les grands arbres », avec comme récompense le graal : être éditée pour  notre plus grand bonheur.

« Abattez les grands arbres » nous ramène au milieu des années 1990 alors que sévissait au Rwanda un terrible génocide, celui des Tutsi par les Hutus. « Abattez les grands arbres » n’est autre qu’un signal, un signal de haine diffusé sur les ondes de la Radio Télévision Libre des Mille Collines, vecteur de propagande des extrémistes Hutus. Dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, le message était clair : allez-y, « Abattez les grands arbres », c’est-à-dire les Tutsi, ceux que les colonisateurs belges avaient décidé d’ériger en « ethnie » supérieure selon des critères morphologique qui n’avaient rien à envier à ceux édictés par les nazis, d’autant plus qu’ils les précédèrent de quelques années. C’est précisément là, le jour où l’horreur a commencé, que Sandrine Virbel démarre son récit. Ecoutez :

 


« « Tais-toi, pas un mot… il approche… »

 

Il n’a pas besoin de le chuchoter à nouveau. Je suis tellement terrorisée que je cache mon visage dans le cou de mon frère qui me serre contre lui  dans un geste follement désespéré de protection impossible.

 

Ce n’est pas l’obscurité dérisoire de ce placard qui empêchera l’homme de nous atteindre, il lui suffira de donner un violent coup du bout de sa botte militaire pour défoncer le mobilier et nous offrir à son arme.

 

Ce n’est pas plus Paul-Toussaint, mon aîné de 2 ans, qui parviendra à nous sauver. Du haut de ses 12 ans, il ne fera pas le poids. Même maman ne s’y est pas trompée qui nous a ordonnés de nous cacher dans ce meuble exigu lorsque la milice a commencé à arpenter notre rue.

 

Lorsque l’homme est entré, je l’ai entendu la traiter de tous les noms. Il renversait les meubles, il hurlait des insanités, lui demandant où elle cachait ses sales cafards. J’ai mis un moment avant de comprendre qu’il parlait de nous, les enfants. Puis tout s’est enchaîné… maman qui s’interpose… qui supplie qu’on ne touche pas à ses petits… qui s’offre en sacrifice pour nous sauver… qu’on fasse d’elle ce qu’on veut mais qu’on nous épargne… Les larmes qui coulent sur les joues de mon frère m’impressionnent terriblement. Lui, si fort, un vrai petit dur lorsqu’il joue avec les autres garçons du voisinage, sa faiblesse momentanée me trouble au possible. J’entends du bruit, des pleurs et enfin des souffles. Je me sens éclaboussée par ces sons étouffés, salie parce que je ne comprends pas vraiment. Paul pleure doucement, les yeux baissés, il me serre plus fortement contre lui et pose un doigt sur mes lèvres pour m’imposer le silence. Seulement, je me trémousse, je ne suis pas très à l’aise, mes membres ankylosés à force de rester crispés dans une immobilité forcée commencent à douloureusement fourmiller. Honteuse, je ressens une sensation incongrue d’humidité qui court le long de mes jambes et qui baigne déjà l’endroit où je suis assise.

« Paul, je suis désolée, j’ai fait pipi sur moi… », je chuchote d’une voix contrite à l’oreille de mon frère qui plaque sa main sur ma bouche. L’homme est devant notre meuble, une mince paroi de mauvais bois nous sépare de sa haine incompréhensible. Nous avons l’impression de sentir sa respiration sur nous. Je me retiens de hurler. »


 C’est ainsi,  à travers les yeux de la petite Marie-Espérance, la bien nommée, que nous allons vivre cette tragédie de l’intérieur, partager ses peurs, ses craintes, son effroi devant une barbarie qu’elle ne comprend pas et que rien ne semble pouvoir arrêter, un déferlement de haine et de rancœurs savamment entretenu par les colonisateurs blancs et les extrémistes de tout bord.

Vivre, se battre pour vivre, simplement survivre au milieu du chaos. Voilà l’enjeu pour Marie-Espérance, son frère Paul, leur mère et leur petite sœur Eugénie.

Sandrine Virbel nous plonge avec maestria dans ce chapitre écœurant de l’histoire récente. C’était hier et personne n’a rien fait. Chaque mot est à sa place, chaque description, chaque sentiment renvoie un cortège d’émotion qui vous submergera. Alors, comme moi, lorsque vous aurez commencé la lecture de cette nouvelle poignante vous ne pourrez pas arrêter de tourner les pages pour en connaître le dénouement. 

Précipitez-vous sur le site des éditions « Le solitaire » pour  commander « Abattez les grands arbres », cette nouvelle magistrale de Sandrine Virbel. Bravo.

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Published by Eric Van Hamme - dans Mes lectures
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commentaires

Sandrine Virbel 11/07/2011 07:45



Bonjour!


Comment te remercier pour cette chronique entousiaste qui restitue parfaitement l'idée qui a soutenu l'écriture de cette nouvelle?


J'étais sur la route lors de sa diffusion, mais encore assez près de Paris pour l'entendre.Enchantée d'avoir entendu ta voix!!!


Je t'embrasse et merci encore!


 


Sandrine


 



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