Les chemins de nos vies avaient brusquement divergés, comme ça, sans raison particulière. En faut-il vraiment une d’ailleurs ? Il suffit
parfois d’une simple inattention, d’une négligence passagère. Quand on est jeune on a tout le temps, pense-t-on naïvement, le temps de se revoir, le temps de se retrouver. L’horizon semble
inaccessible, le futur éternel.
Puis les années s’égrènent dans un chapelet chaque jour plus fuyant. De loin en loin, du « plus loin » parfois, les nouvelles
arrivent. Rassurantes. Porteuses d’espoirs et de bonheurs simples : un mariage, des enfants.
On se frôle parfois.
Nos routes se rapprochent. L’un de nous le sait. L’autre pas.
La trace est fraîche. Il faudrait seulement se donner un peu de peine, faire un signe, le premier pas, prendre son téléphone, se présenter nos
familles, tisser un nouveau lien, brasser les souvenirs, les couler dans les fondations d’une nouvelle aventure humaine.
Oui, il faudrait.
Aujourd’hui je sais qu’il aurait fallu, mais je n’ai rien fait.
Je n’ai rien fait et ne pourrai rien faire.
Jamais.
Cette nouvelle du « plus loin » m’a giflé de son amertume iodée : celle des larmes.
Le crabe t’a mis en boîte en quelques semaines.
Ne restent que les regrets, cette image de toi, ton regard doux, celui des gens au cœur de velours.
Le temps ne pardonne pas l’inconséquence, le détachement, l’indifférence. Maintenant je le sais.
Ne reste que ma culpabilité, vaine, tardive et déplacée.