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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 15:13

Comme la plupart des gens, j’imagine, lorsque je découvre un livre je regarde d’abord la couverture. Je m’arrête sur le titre qui provoque chez moi, ou pas, un certain nombre d’émotions plus ou moins dicibles. Puis vient ensuite l’illustration ou la photographie devant concourir à renforcer les évocations portées par le verbe.

De ce point de vue, le livre d’Antoine de Bujadoux est, d’emblée, véritablement accrocheur. « Tard à la Mouffe et autres nouvelles ». Pour un francilien qui a traîné ses guêtres sur les bancs de l’université, la rue Mouffetard est un passage obligé, un lieu de rassemblement évident où les nourritures terrestres et spirituelles se conjuguent dans un flot souvent tumultueux. Une des plus célèbres descriptions de la rue nous a été donnée par Georges Duhamel qui, dans « Confessions de minuit » la dépeignait ainsi : « Comme une veine de nourriture coulant au plus gras de la cité, la rue Mouffetard descend du nord au sud, à travers une région hirsute, congestionnée, tumultueuse. » Il y a effectivement de cela. Mais la photographie de couverture de la rue Mouffetard est ici tout autre : un cliché de nuit, en noir et blanc, où seule l’ombre d’un passant presque fantomatique se glisse dans l’étroit goulet. Ça y est, non tenons le titre Une très belle photographie due au talent de Jehan de Bujadoux, le frère d’Antoine, qui peaufine son art à l’école Louis Lumière.

Mais qui est donc Antoine de Bujadoux ? La quatrième de couverture nous révèle qu’il est « étudiant en école de commerce », l’une des plus renommée en fait, l’EDHEC business school.

En tournant les premières pages du livre, je m’arrête sur la dédicace « À ma mère » dont la concision vaut tous les discours sur la puissance du lien devant exister entre ces deux-là. Sa mère, c’est Ghislaine, une insatiable papivore, une liseuse au long cours. Il y a certainement un atavisme familial pour les nourritures spirituelles, les disciplines artistiques, celles qui nous ramènent rue Mouffetard, et qui nous y colle définitivement lorsque l’on sait qu’Yves, le père de famille, est un éminent compositeur de musique.   

Voilà, une partie du décor de l’univers de Bujadoux est planté.

La rue Mouffetard, nous la retrouvons dès la première des sept nouvelles du recueil, avec le personnage de Félix qui, presque « naturellement », y tient un restaurant. Lorsque les derniers clients ont quitté son établissement, Félix ne veut pas rentrer directement chez lui. Il a besoin de s’accorder une parenthèse de détente, rien que pour lui, pour souffler un peu. Cette parenthèse va s’ouvrir dans un bar où, sans y avoir vraiment réfléchi, il boit quelques verres avant de se retrouver bientôt embarqué dans une improbable partie de poker. D’emblée, nous percevons ce qui fait la signature d’Antoine de Bujadoux, la capacité à accaparer le lecteur, à l’emmener d’une phrase à l’autre, à le pousser à tourner une page, puis l’autre afin de découvrir la suite, ce qui vient après… Encore faut-il trouver une chute qui ne soit pas nécessairement celle que le lecteur attend, celle qu’il anticipe, celle qui s’imposerait presque comme une évidence. Non, la chute, c’est celle qu’Antoine a ourdie dans son esprit fertile.

Après Félix, voici Léonard, qui survit dans le présent après avoir vécu une grande histoire d’amour dans le passé avec Eléa, celle qu’il n’a jamais oubliée. Jusqu’au jour où… Là encore, Antoine de Bujadoux nous conduit vers une issue originale, porté par une écriture sans fioriture, sans effet de manche superflu. Un style qui colle parfaitement avec le genre de la nouvelle.

Les histoires s’enchaînent, « Le Matador », puis « L’amant du Luxembourg » une de mes préférées.

Antoine de Bujadoux, sans coup férir, aligne ses histoires tout aussi simples que singulières, les histoires de femmes et d’hommes d’aujourd’hui, porteuses de promesses et d’espoirs, de bonheurs ou de malheurs, petits ou grands. Un condensé de l’existence.

Chaque chose est à sa place. C’est à cela que l’on reconnaît celui qui a du talent. Alors, s’il a fallu en passer par l’autoédition pour faire entendre sa voix, il y a fort à espérer que des éditeurs permettront à Antoine de Bujadoux de continuer son aventure littéraire avec la même verve, le même brio. De quoi faire un peu plus, s’il en était besoin, la fierté de sa maman.

Bravo Antoine.

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Published by Eric Van Hamme - dans Mes lectures
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